Violences à Air France: Y a-t-il deux poids deux mesures sur le sort réservé aux salariés ?

MOUVEMENT SOCIAL Plusieurs personnalités politiques ont dénoncé l'interpellation matinale des employés...

Thibaut Le Gal

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Le groupe Air France-KLM annonce un trafic passagers en hausse de 1,8% en septembre, à 8,3 millions de passagers et la poursuite du développement de sa filiale Transavia en France
Le groupe Air France-KLM annonce un trafic passagers en hausse de 1,8% en septembre, à 8,3 millions de passagers et la poursuite du développement de sa filiale Transavia en France — Stephane de Sakutin AFP

La polémique autour du sort des salariés d’Air France se poursuit. Dans le cadre de l’enquête sur les violences du 5 octobre, cinq hommes ont été déférés mardi pour « violences aggravées » devant un magistrat du parquet et seront jugés le 2 décembre, a annoncé le parquet de Bobigny. Depuis lundi, syndicalistes et personnalités politiques de gauche ont condamné les conditions d’interpellation des salariés.

« C’est vouloir les humilier et humilier à travers eux tous les salariés »

« Ce qui se passe est proprement scandaleux. Des salariés sont en prison, en garde à vue. On a été les chercher chez eux à 6 heures du matin, devant leurs familles, devant leurs enfants et on a fouillé leurs maisons », s’est insurgé le patron de la CGT, Philippe Martinez. « Il y a des personnalités qui ont fait des choses plus graves, qui ont détourné des millions et qui arrivent avec leur chauffeur » à leur convocation ».

« C’est une honte ! », a réagi Jean-Luc Mélenchon. « Les traiter comme des criminels, c’est vouloir les humilier et humilier à travers eux tous les salariés qui se sont mobilisés », a dénoncé le communiste Pierre Laurent. Au sein du PS, Julien Dray a appelé au clame. « Dans la situation que vit Air France, tous les acteurs, y compris la justice, doivent faire attention à ne pas créer des tensions supplémentaires ».

« La manifestation d’une tendance politique »

« Généralement, le procureur de la République choisit l’interpellation quand on ne peut procéder autrement, s’il y a un risque que la personne refuse de se présenter », assure l’avocate Delphine Meillet. « L’usage aurait voulu ici qu’on adresse une convocation pour que les salariés se rendent eux-mêmes au commissariat ».

La juriste, qui représentait les salariés Goodyear en 2014, voit dans l’arrestation matinale de lundi un acte politique. « Cette décision fait réagir car elle n’est pas justifiée. C’est la manifestation d’une tendance politique. Ces modalités d’interpellation démontrent une volonté de mettre à un coup d’arrêt aux manifestations ».

« Le gouvernement a choisi son camp »

« Plusieurs syndicalistes se plaignent de la criminalisation des activités syndicales. La CGT avait d’ailleurs organisé une mobilisation sur le sujet », développe Stéphane Sirot, historien des grèves et du syndicalisme. « Il existe une multiplication de cas de poursuites pour dégradations de biens ou atteintes physiques. Ce n’est pas nouveau, mais il semble y avoir une résurgence du phénomène depuis quelques mois ».

Stéphane Sirot constate une différence de ton dans le discours politique. « Le mouvement paysan ou celui des taxis n’ont pas reçu une telle condamnation du pouvoir ni des réponses judiciaires si rapides et déterminées à la suite des violences ou des destructions ».

Des salariés d’Air France se sont dits blessés par le vocabulaire de Manuel Valls ou d’Emmanuel Macron. « On est presque dans le vocabulaire sémantique qu’employait Nicolas Sarkozy pour les délinquants de banlieue », remarque Stéphane Sirot. « Le gouvernement a choisi son camp, en soutenant la direction. Cela reflète le changement de cap lié au pacte de responsabilité. Désormais, l’entreprise a pris le pas sur les enjeux du monde du travail »