Plainte contre les médecins: Les sept questions que vous vous posez sur les personnes intersexuées

SANTE « 20 Minutes » revient sur le sort des personnes intersexuées alors que l’une d’entre elles vient de déposer plainte au pénal contre les médecins qui l’ont opérée afin de « devenir » un homme…

Vincent Vantighem

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Statue d'Hermaphrodite (premier plan), au Victoria & Albert Museum de Londres.
Statue d'Hermaphrodite (premier plan), au Victoria & Albert Museum de Londres. — Nils Jorgensen /REX/SIPA
  • Une personne intersexuée a déposé plainte au pénal, une première.
  • Elle reproche à des médecins de l’avoir opérée durant l’enfance.
  • La justice a ouvert une information judiciaire.

C’est une première en France qui pourrait déboucher sur un procès devant une cour d’assises. Selon nos informations, une personne intersexuée, née avec des caractères sexuels masculins et féminins, a déposé plainte pour « violences volontaires sur mineur ayant entraîné une mutilation ou une infirmité permanente ». Née en 1979, elle reproche aujourd'hui à quatre médecins et deux hôpitaux de lui avoir fait subir, durant l'enfance, sept opérations afin de le faire « devenir » un homme. Sans le consentement « éclairé » de ses parents.

>> Les faits: Une personne intersexuée dépose plainte contre les médecins qui l'ont opérée

Déposée à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme) en 2016, cette plainte a entraîné l’ouverture d’une information judiciaire. Selon nos informations, la juge chargée du dossier devrait prochainement ordonner une « expertise médicale pointue » de la situation. « L’idée est ensuite d’entendre tous les personnels médicaux, de saisir les dossiers et d’organiser des confrontations, confie le parquet de Clermont-Ferrand. C’est un dossier très complexe qui se terminera soit par un non-lieu qui sera alors sans doute contesté jusque devant la Cour européenne des droits de l’homme, soit par le renvoi de plusieurs praticiens devant une cour d’assises… »

En attendant de connaître la suite donnée à cette affaire, 20 Minutes répond à toutes les questions que vous vous posez sur les personnes intersexuées…

  • Comment définit-on l’intersexuation ?

Egalement qualifiée « d’ambiguïté sexuelle », l’intersexuation regroupe les personnes dont les organes génitaux sont difficiles voire impossibles à définir comme mâles ou comme femelles, selon les standards habituels. « On parle encore parfois d’hermaphrodisme ou de pseudo hermaphrodisme », indique Antoine Faix, Docteur et Responsable du comité d’andrologie et de médecine sexuelle de l’Association française d’urologie.

Les personnes intersexuées rejettent, pour leur part, les comparaisons avec l’hermaphrodisme. « Les personnes intersexes sont nées avec des caractères sexuels (génitaux, hormonaux, gonadiques ou chromosomiques) qui ne correspondent pas aux définitions binaires types des corps masculins ou féminins. Les personnes intersexes sont des personnes ayant subi une invalidation médicale de leurs corps sexués », définit l’une d’entre elles.

  • Quelle est la part de personnes intersexuées dans la population ?

200, comme l’estiment certains professionnels de médecine ? 2.000 à 4.000, comme le pensent plusieurs associations ? Faute d’étude statistique complète, il est impossible aujourd’hui de dire combien de bébés naissent chaque année en France en état d’intersexuation. Le Sénat, a émis, en 2016, la recommandation que soit réalisée une cartographie précise par le Centre de références des maladies rares (CRMR).

>> Interview: « Je suis la preuve qu'on peut vivre avec les deux sexes »

Auteure d’une étude faisant référence sur le sujet, Anne Fausto-Sterling, professeure de biologie à l’université Brown (Rhode Island, Etats-Unis) estime qu’environ 1,7 % de la population est concernée par des dérèglements de ce type. « Il y en a tout de même de moins en moins, assure Antoine Faix. Avec l’amélioration des diagnostics prénataux, les médecins ont du mal à passer à côté de tels cas. »

  • L’intersexuation est-elle visible dès la naissance ?

Pas toujours. Certaines personnes intersexuées attendent l’adolescence et la puberté pour voir apparaître un deuxième système génital. Mais la plupart des cas sont tout de même détectés à la naissance. Les endocrinologues utilisent alors l’échelle de Prader pour déterminer de quel sexe anatomique l’enfant est le plus proche. Allant de 0 à 5, cette échelle définit les organes génitaux femelles (0) à mâles (5) avec des variations qui peuvent être importantes entre les deux.

>> Voir une infographie pour comprendre l’échelle de Prader

« Il est important d’opérer le plus tôt possible », assure Antoine Faix. Tout simplement pour ne pas devoir opérer par la suite un enfant qui aurait déjà entamé sa construction en tant que petite fille ou petit garçon. « Si on élève un enfant comme une fille et qu’à l’âge de six ans, on l’opère pour devenir un garçon, imaginez les répercussions… » Il s’agit alors d’opérations de modification et de réparation génitale. La médecine permet alors de privilégier le sexe dont l’enfant est le plus proche au détriment de l’autre.

  • Pourquoi les personnes intersexuées sont en butte aux opérations ?

Tout simplement parce que les nourrissons ne sont pas encore conscients. « La plupart des bébés nés intersexués sont encore aujourd’hui opérés dès la naissance », indique Mila Petkova, l’avocate qui, avec son confrère Benjamin Pitcho, défend la personne intersexuée qui a déposé cette plainte. « Pourtant, ces opérations n’ont pas d’intérêt thérapeutique. On privilégie donc non l’intérêt de l’enfant et son bien-être, mais plutôt celui des parents et de la société qui n’a prévu que deux cases, masculin et féminin. Au lieu d’abord de rassurer les parents et d’attendre que les enfants grandissent pour consentir ou non à ces opérations qui les concernent en premier lieu ! »

« Je comprends leur position mais elle n’est pas logique, rétorque Antoine Faix. Plus on attend, plus on multiplie les risques de développement de troubles pour ces sujets qui auraient, alors, à choisir entre un sexe ou un autre à leur majorité. »

Il n’empêche : depuis quelques années, les institutions se sont emparées du sujet. Le comité contre la torture de l’ONU, en mai 2016, et le Conseil de l’Europe, en octobre 2017, ont pris des positions pour demander que soient désormais interdites les opérations chirurgicales sur les enfants nés intersexués. Tout comme François Hollande qui, avant de quitter l’Elysée, a demandé, en mars 2017, la même chose.

 

  • Les personnes intersexuées ont-elles une vie sexuelle ?

« Les opérations de réparation ne sont pas parfaites… », élude Antoine Faix. De fait, la majorité des personnes intersexuées ont souvent du mal à avoir une vie sexuelle et sont souvent sujettes à d’importants traitements hormonaux. « On a très peu de données sur cette question, reconnaît le spécialiste. Ce sont des gens qui ne sont pas forcément heureux… »

  • Des parents peuvent-ils choisir le sexe d’un enfant né intersexué ?

Cela relève du rapport entre l’équipe médicale et les parents. « C’est d’abord le médecin qui propose une forme de prise en charge, confie encore Antoine Faix. Mais pour opérer, il a besoin de l’accord des parents. »