«Mariages chinois»: Le procès reprend, six mois après le suicide de Jean Germain

JUSTICE L'ex-maire de Tours s'était suicidé à la veille de l'audience qui devait se tenir en avril...

A.Ch. avec AFP

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Jean Germain s'était suicidé quelques instants avant l'audience, au mois d'avril 2015
Jean Germain s'était suicidé quelques instants avant l'audience, au mois d'avril 2015 — AFP

Quelques instants avant l’ouverture de l’audience, le 7 avril, l'ancien maire de Tours, Jean Germain, s’était tué d’une décharge de fusil de chasse. Le procès de l’affaire des « mariages chinois » reprend ce mardi devant le tribunal correctionnel de Tours. Le geste du sénateur socialiste, mis en examen dans cette affaire, avait semé la consternation parmi les Tourangeaux et dans la classe politique française, qui lui a rendu unanimement hommage.

« Noces romantiques en Touraine »

L’affaire des « mariages chinois » tire son origine dans l’organisation entre 2007 et 2011 de « Noces romantiques en Touraine ». Celles-ci comprenaient des visites de châteaux de la Loire, ainsi que de la ville de Tours dont le maire posait pour la photo au côté de couples chinois qui venaient de renouveler symboliquement leurs voeux devant lui. L’organisation de ces « mariages » était pilotée par une société dont Lise Han, embauchée en 2008 au cabinet du maire Jean Germain, puis par la société d’économie mixte (SEM) en charge du tourisme tourangeau, continuait de tirer les ficelles en sous-main après avoir démissionné officiellement de ses fonctions dirigeantes.

Lise Han, originaire de Taïwan, était donc la gérante de fait de cette société, selon les magistrats instructeurs, qui l’ont mise en examen le 25 janvier 2013 pour « escroquerie », « prise illégale d’intérêt » et « recel de fonds publics ». Quelques mois plus tard, le 30 octobre, Jean Germain était à son tour mis en examen des chefs de « complicité de prise illégale d’intérêts et de détournement de fonds publics ». Il devait échouer ensuite aux dernières élections municipales, alors qu’il briguait un quatrième mandat. Dans la lettre d’adieu écrite avant de se tuer, Jean Germain a jeté l’anathème sur « les actions de Mme Han et les mensonges peureux de M. (Jean-François) Lemarchand », le directeur de la SEM qui a recruté Lise Han après qu’elle eut été remerciée par le maire de Tours. « Leur conscience les poursuivra », avait-t-il écrit.

Un livre sur Jean Germain

Lise Han et Jean-François Lemarchand comparaîtront à partir de mardi devant le tribunal correctionnel de Tours avec M. Vien Loc Huynh, le gérant officiel de la société de Lise Han, et François Lagière, l’ancien directeur de Jean Germain. L’ombre de Jean Germain pèsera d’autant plus sur le procès qu’un livre, Enquête sur un suicide politique (Ed. Cherche-Midi), est sorti en librairie au début du mois d’octobre. Ecrit par un journaliste tourangeau indépendant, Arnaud Roy, et un proche de l’ancien maire, Alain Dayan, l’ouvrage dresse une biographie flatteuse de l’ancien sénateur socialiste en estimant que l’affaire a été révélée par des adversaires politiques désireux de lui nuire. Les auteurs critiquent également les magistrats instructeurs et vilipendent le rôle de Lise Han et de Jean-François Lemarchand.

L’avocat de Lise Han, Gérard Chautemps, promet « qu’on ne compte pas sur (ma cliente) Lise Han pour charger Jean Germain de maux dont il ne peut pas répondre ». « Après le suicide de Jean Germain, il y aura nécessairement des questions auxquelles il ne pourra pas y avoir de réponse, mais cela ne change rien : les marchés (pour l’organisation des mariages chinois) ont été passés de manière régulière et les prestations ont été fournies », a-t-il dit à l’AFP. Pour l’ancien avocat de Jean Germain, Me Dominique Tricaud, « ce procès va se tenir comme il le devait dès le départ : en l’absence de Jean Germain ». « Cela permettra de constater qu’il peut parfaitement se dérouler sans lui, et apporter ainsi la preuve qu’il n’avait rien à voir avec cette affaire », a-t-il assuré à l’AFP.