Liberté d’expression: 71% des Français jugent qu'il faut encore pouvoir rire de tout

ETUDE Mais c'est de plus en plus difficile, selon un sondage Opinion Way pour la Licra rendu public ce vendredi...

C.P. avec AFP

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Un homme lit le 19 septembre 2012 le numéro de Charlie Hebdo paru ce jour-là, montrant un juif et un musulman sous le titre "Intouchables 2"
Un homme lit le 19 septembre 2012 le numéro de Charlie Hebdo paru ce jour-là, montrant un juif et un musulman sous le titre "Intouchables 2" — Thomas Coex AFP

Humour ou racisme, censure ou tabou, liberté d’expression ou politiquement correct ? Tous ces sujets brûlants n’ont cessé d’animer le débat public en France depuis l'attentat contre le journal satirique Charlie Hebdo. Neuf mois après le drame, la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (Licra) a sondé les Français* pour savoir si leur rapport à l’humour avait été changé par les événements. Le constat est sans appel.

Un climat peu propice à l’humour

Alors que près de trois Français sur quatre (71 %) jugent qu’il faut encore pouvoir rire de tout, au nom de la liberté d’expression, ils sont 62 % à estimer qu’on ne peut plus le faire, en raison de « la montée du " politiquement correct " et le refus des pensées discordantes » (17 %), de la « conjoncture actuelle » (14 %) ou de « l’augmentation des sujets tabous » (12 %).

Interrogés sur les sujets dont il faut pouvoir rire, 94 % des Français mettent en avant la politique (dont 71 % considèrent qu’il faut en rire « sans limite »), contre 86 % qui citent les communautés (dont 52 % pensent qu’il faut le faire « en prenant des précautions pour ne pas blesser les gens »).

Les communautés, nouveau tabou ?

86 % considèrent en effet que l’on ne peut pas rire de toutes les communautés de la même manière aujourd’hui, évoquant d’abord la communauté musulmane (77 %) puis la communauté juive (43 %). Une retenue que les répondants expliquent par un « manque d’humour, une susceptibilité, un manque d’ouverture d’esprit de ces communautés » (36 %), ou par le risque d’être « mal vu, accusé de racisme » ou de tomber sous le coup de la loi. 30 % pensent également qu’il y a un « risque de réactions disproportionnées ou violentes, de fanatisme ».

Pour ce qui est de l’intervention de la justice, seul un Français sur deux trouve « normal » que des procès soient faits à des « personnes faisant de l’humour sur les communautés ou les religions quand il s’agit de propos jugés racistes et encourageant la haine ».

*Sondage réalisé en ligne entre le 30 septembre et le 1er octobre, auprès d’un échantillon de 1.006 personnes représentatif de la population française, selon la méthode des quotas.