La scolarisation des filles dans le monde, un potentiel de richesse économique

EDUCATION Favoriser l’accès des filles à l’école leur assurerait une meilleure santé et leur permettrait de participer à la création des richesses de leur pays…

Anissa Boumediene

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A Quetta au Pakistan, une campagne de vaccination des petites filles a été organisée dans les écoles, le 14 septembre 2015.
A Quetta au Pakistan, une campagne de vaccination des petites filles a été organisée dans les écoles, le 14 septembre 2015. — B.KHAN / AFP

En France, rien n’empêche une fillette d’aller à l’école. Au contraire, l’instruction est obligatoire jusqu’à l’âge de 16 ans, pour les filles comme pour les garçons, que l’on soit de nationalité française ou non. Si ici, certains écoliers ont parfois envie de sécher la classe, encore 62 millions de filles dans le monde sont privées de ce droit à l’éducation, comme le rappelle le sondage* Opinion Way réalisé pour l’ONG Plan International à l’occasion de la Journée mondiale de la fille le 11 octobre. Leur scolarisation aurait pourtant de nombreuses vertus.

Une meilleure éducation pour une meilleure santé

L’accès à l’éducation primaire pour tous est un objectif prioritaire pour 59 % des Français. L’école, en plus d’apprendre aux enfants à lire, écrire et compter, est aussi un lieu privilégié d’apprentissage des règles d’hygiène. « Dans les pays du Sud, la scolarisation des filles est essentielle : dès l’école primaire, on peut leur enseigner les règles d’hygiène de base pour être en bonne santé, à commencer par l’importance de se laver les mains », explique Gérard-François Dumont, économiste, démographe et professeur à l’Université de la Sorbonne. Et pour qu’un pays se développe, « il lui faut avoir une population en bonne santé », poursuit-il.

Sans compter que l’accès à l’éducation a de multiples effets bénéfiques sur la santé. « Les filles qui étudient plus longtemps se marieront et auront des enfants plus tard, elles sont davantage protégées contre le mariage forcé et les grossesses précoces », indique Yvan Savy, directeur général de l’ONG Plan International France, rappelant que « les grossesses précoces sont la première cause de mortalité chez les adolescentes dans le monde ». « Grâce à leur instruction et leur expérience, elles donneront naissance à des enfants en meilleure santé », abonde Gérard-François Dumont.

Un potentiel économique

La quasi-totalité des Français interrogés (95 %) est convaincue de l’importance de l’éducation des filles pour le développement d’un pays. Et pour cause, « augmenter le nombre de femmes diplômées permet à un Etat d’augmenter le nombre de personnes qualifiées sur son territoire, analyse l’économiste. Il ne faut pas oublier que dans un pays, la première ressource qui permet son développement est la ressource humaine ». Dans beaucoup de pays du Sud, « la non-scolarisation des filles crée des inégalités hommes - femmes, elle les empêche de participer à la création des richesses de leur pays », déplore-t-il.

« Aujourd’hui, 65 % des personnes analphabètes dans le monde sont des femmes, rappelle Yvan Savy. Pourtant quelques années d’éducation peuvent changer leur vie et celle de leur famille ». Aujourd’hui, Plan International intervient dans une cinquantaine de pays en Amérique latine, en Afrique et en Asie pour favoriser la scolarisation des petites filles. « Il faut aider les familles pauvres à éduquer leur fille, leur faire comprendre qu’une fille n’est pas un fardeau qu’il faut marier jeune mais une source de richesse, déclare le directeur général de l’ONG. Avec quelques euros, une fillette peut aller à l’école ».

* Etude réalisée du 19 au 21 août 2015 auprès d’un échantillon de 1.005 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus, constitué selon la méthode des quotas, au regard des critères de sexe, d’âge, de catégorie socioprofessionnelle, de catégorie d’agglomération et de région de résidence.