Sécurité: Les nouvelles statistiques de la délinquance font (déjà) grincer des dents

CHIFFRES Le ministère de l’Intérieur a présenté ce lundi son nouvel outil censé refléter la réalité des crimes et délits en France…

Jane Hitchcock

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François Clanché, inspecteur général de l'Insee et patron d'InterStats
François Clanché, inspecteur général de l'Insee et patron d'InterStats — J. H.

Vous vouliez savoir si le nombre de cambriolages ou celui des agressions a augmenté cette année par rapport à la précédente ? Après la succession de polémiques sur la collecte et l’exploitation des chiffres enregistrés par la police et la gendarmerie, jusque-là diffusés par l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP), le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve a voulu créer un nouvel organe méthodique pour refléter la réalité du terrain et garantir la transparence. Le Service statistique ministériel de la sécurité intérieure (SSMSI), mis en place il y a un an, rendra ses travaux publics dès mardi, à 8h45. Et ce, via un outil flambant neuf : InterStats. Revue des changements annoncés.

Neuf thématiques sélectionnées dans la grande bible statistique des crimes et délits

Il y a encore quelques années, les Français avaient accès à certaines données, brutes, dénombrant les plaintes liées aux règlements de comptes, prises d’otages, harcèlements sexuels… Les Français devront les oublier : les neuf domaines retenus par InterStats ne prennent même plus en compte les viols, ni les infractions économiques et financières. « L’essentiel de nos sources de données provient de l’enquête de victimation menée tous les ans par l’Insee. Les données administratives étant imparfaites, et sachant que moins de 10 % des viols sont connus des forces de sécurité, nous avons fait le choix de ne mettre en avant que ce qui tient la route », admet François Clanché, inspecteur général de l’Insee et chef du SSMSI. Les chiffres les plus fiables, pour ce patron, sont aujourd’hui ceux des homicides, vols avec arme, vols violents sans arme, vols sans violence contre les personnes, coups et blessures, cambriolages de logements, vols de véhicules, vols dans les véhicules et vols d’accessoires sur les véhicules : ce sont les neuf domaines sélectionnés dans « l’état 4001 », la fameuse bible statistique des crimes et délits. « Les autres données seront toujours disponibles et diffusées, sur data.gouv », souligne-t-il.

Les méthodes de calcul ont changé

La qualité, pas la quantité. C’est sommairement le principe avoué du nouveau service ministériel, pour qui les données fournies par la police et la gendarmerie ne font que refléter leur activité, pas la réalité. « La police a un nouveau mode d’enregistrement depuis avril seulement. Il accroît la fiabilité des données mais rend difficiles les comparaisons avec le passé », précise François Clanché. D’autant que la gendarmerie travaille sur ce nouveau mode d’enregistrement des plaintes depuis… 2012.
En outre, les données diffusées sur InterStats ce mardi n’intègrent pas les Dom Com (anciennement appelées Dom Tom). Loin d’être exhaustifs mais homogénéisés, les chiffres devront, de plus, être interprêtés selon des tendances, avec un recul de trois mois, minimum.

Un service ministériel pour « compléter » les analyses de l’Observatoire, indépendant

Dévoilé place Beauvau, l’InterStats ne cache ni les angles morts de son travail, ni son statut ministériel, donc public. François Clanché assure que son service complète les études de l’Observatoire national de la délinquance qui, par ailleurs, traite des réponses pénales. Un aspect dont le SSMSI, lui, ne tient pas compte (non plus). Les deux organes traitant du même domaine de la délinquance peuvent-ils coexister ? Contacté par téléphone, le chef de l’Observatoire et criminologue Christophe Soullez affirme : « Bien sûr, nous nous maintenons. Nous continuerons à publier les données et leur analyse, nous poursuivons notre veille ». Le maître-mot, pour le public, comme pour le privé, étant la prudence.