Sécurité routière: Pourquoi la police refuse les radars sous-traités au privé

DELINQUANCE Le gouvernement envisage de sous-traiter les contrôles de vitesse...

Jane Hitchcock

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Un radar embarqué (photo d'illustration).
Un radar embarqué (photo d'illustration). — Geoff Moore / Rex Featu/REX/SIPA

Des radars embarqués dans des véhicules et... sous-traités par l'Etat : c’est l’annonce forte du Premier ministre Manuel Valls lors du comité interministériel de sécurité routière qui s’est déroulé à Matignon, vendredi. Une déclaration choc qui a pourtant failli passer inaperçue, noyée dans les vingt-deux mesures présentées pour lutter contre cette mortalité, en hausse début 2015. De bruits de couloirs entendus depuis des années jusqu’à cette affirmation solennelle, les syndicats de police sont désormais sur les rangs pour contester la privatisation des contrôles routiers.

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Vers la fin du rôle de dissuasion de la police ?

« La gestion des radars automatiques est sous-traitée depuis un moment, déjà. Là, le gouvernement a évoqué la privatisation des radars embarqués », souligne Nicolas Comte, secrétaire général adjoint d’Unité SGP Police - FO. « Et c’est totalement contraire à l’idée d’efficacité ! », assure-t-il, révolté. Le responsable syndical explique : « Lorsque les policiers patrouillent à bord de ces véhicules dotés d’un radar mobile, ils sont en capacité d’intervenir et de verbaliser les automobilistes pour d’autres infractions. La privatisation de ces appareils entraînerait la fin de ces patrouilles et les contrôles ne seraient plus gérés que par des « conducteurs », privés ». Inquiet, Nicolas Comte soulève également un autre point : « Ce système supprimerait le rôle essentiel de dissuasion et de répression de la police dans le plan de sécurité routière ».

« Une fonction régalienne »

Pour Synergie Officiers, Audrey Colin affirme, catégorique : « Nous sommes contre cette réforme car le contrôle routier fait partie de la fonction régalienne des forces de l’ordre. Le confier à des sociétés privées n’est pas acceptable ». La responsable syndicale note par ailleurs que, si cette annonce devait se concrétiser, la privatisation des radars ne réglerait en rien le manque d’effectifs décrié par ses collègues : « Nous demandons depuis des années à être soulagés de tâches indues - non régaliennes - telles que les transferts de détenus ou les gardes statiques. Au lieu de cela, on nous parle d’une nouvelle répartition des fonctions… pouvant, en outre, être dangereuse ».

Une nouvelle logique de rendement ?

Audrey Colin s’avoue en effet inquiète par cette idée : « Le système de sous-traitance pourrait engendrer la surenchère… un business… et ce, aux dépens de l’automobiliste. Non ! C’est de toute façon à l’État de récolter cet argent, de façon rationnelle, en repérant les conduites dangereuses. Il ne s’agit pas de faire du timbre-amende pour entrer dans une logique de rendement ».

Aucune action n’est prévue pour l’heure : les syndicats n’ont obtenu aucune confirmation de l’entrée en vigueur de ces mesures.