Frédéric Nathan, prévisionniste: «Météo France n'a pas fait d'erreur»

INONDATIONS Pour ce professionnel de la prévision, la mise en place de la vigilance rouge ne se justifiait pas dans les Alpes maritimes, malgré la catastrophe…

Propos recueillis par Romain Scotto

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Les dégâts après le déluge à Golfe Juan, le dimanche 4 octobre 2015.
Les dégâts après le déluge à Golfe Juan, le dimanche 4 octobre 2015. — Lionel Cironneau/AP/SIPA

Pouvait-on un peu mieux anticiper la catastrophe naturelle qui a touché les Alpes maritimes dans la nuit de samedi à dimanche ? Pour Frédéric Nathan, prévisionniste à Météo France, les modèles utilisés ne permettent pas de prévoir l’intensité exacte d’un épisode pluvieux sur une zone aussi petite qu’une ville. Météo France ne s’est donc pas « trompé » en décrétant une vigilance orange. Et non rouge, comme on aurait pu l’imaginer.

Dans quelle mesure ces pluies étaient-elles prévisibles ? Il y avait une situation météorologique orageuse marquée. C’est pour cela qu’on a placé les départements en vigilance orange. Ce n’est pas n’importe quoi. Il y a des conseils de comportements. On évite de sortir, etc. Quant à l’intensité de ce qu’il s’est passé, c’est un cran au-dessus de ce qu’on prévoyait effectivement. Il est tombé 107 mm en une heure à Cannes. Ça équivaut à un mois de pluie. C’est un record absolu à Cannes. L’ancien record était de 67 mm en une heure. Ce n’est pas tant la quantité d’eau que l’intensité de l’orage qui est impressionnante. L’intensité de l’orage a doublé. Cet orage est resté 1 h 30 à 2 heures avant de s’évacuer vers l’Italie. On ne peut pas prévoir ce type de phénomène. Nos modèles ne le voient pas.

Pourquoi ? Ne sont-ils pas assez performants ? Les modèles se sont énormément améliorés sur les dernières décennies. Effectivement, ils sont encore améliorables. Il reste des choses compliquées à prévoir au niveau localisation et intensité. On peut prévoir des orages sur une région, un département. Pas encore sur une ville. On n’en est pas capables. Les chercheurs travaillent dessus mais c’est compliqué. Prévoir un orage, c’est un peu comme prévoir où les bulles vont sortir quand une casserole bout.

Considérez-vous que vous vous êtes trompés ? Non, franchement non, nous n’avons pas fait d’erreur. Avec les modèles qui étaient là, on ne pouvait pas passer en rouge. Sinon, ça voudrait dire qu’à chaque fois qu’il y a une situation orageuse, on passe en rouge. Le rouge ne serait plus crédible.

La période actuelle est-elle de plus en plus propice à ce genre de catastrophes ? Oui, l’automne est propice. La Méditerranée est chaude, les masses d’air commencent à venir du nord de l’Europe, ça favorise les dépressions méditerranéennes virulentes. C’est assez classique, on a des archives de cela jusqu’au Moyen-Age. Je ne pense pas que ce soit plus fréquent qu’il y a 50 ans. Après, c’est vrai que cette année et l’année dernière, c’est moins calme. Là récemment, à Montpellier, on a eu 108 mm en une heure. Il y a eu des dégâts aussi. Mais pas les mêmes conséquences. Les climatologues disent que dans les décennies qui viennent l’intensité des orages augmentera.