Paris, le 19 août 2015. Ségolène Neuville, secrétaire d'Etat chargée des Personnes handicapées, sort de l'Elysée.
Paris, le 19 août 2015. Ségolène Neuville, secrétaire d'Etat chargée des Personnes handicapées, sort de l'Elysée. — STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

ENTRETIEN

«La vie sexuelle des personnes handicapées ne doit pas se résumer à un recours à la prostitution»

Secrétaire d’Etat chargée des Personnes handicapés, Ségolène Neuville veut briser le tabou autour de la sexualité des personnes handicapées…

La direction du Planning familial lui avait parlé du programme « Handicap et alors ? » il y a quasiment un an. Ségolène Neuville l’avait alors tout de suite encouragée. Mercredi, la secrétaire d’Etat chargée des Personnes handicapées s’est rendue à Vouneuil-sous-Biard (Vienne) pour assister à cette formation dont le but est de permettre aux personnes handicapées d’avoir une vie sexuelle comme tout le monde. Et répondre aux questions de 20 Minutes sur le sujet.

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Certaines associations d’aide aux personnes handicapées réclament la légalisation des assistants sexuels et du recours, pour eux, à la prostitution, estimant qu’ils n’ont pas d’autres solutions pour avoir une vie sexuelle. Quelle est la position du gouvernement à ce sujet ?

Les pays comme la Suisse qui autorisent l’assistance sexuelle aux personnes handicapées autorisent en fait le proxénétisme. Je peux donc vous dire que non, le gouvernement ne reviendra pas sur la loi punissant le proxénétisme en France. La vie sexuelle des personnes handicapées ne doit pas se résumer à un recours à la prostitution. Et réduire cette question à la prostitution, c’est avoir du mépris pour eux. Il faut, au contraire, que cette question ne soit plus taboue.

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Comment faire pour cela ?

Il y a un travail immense. Déjà car la loi en France n’est pas totalement appliquée. C’est vrai pour l’accessibilité, pour le travail, pour l’école et donc aussi pour la sexualité des personnes handicapées. Le Planning familial dispose d’une expertise sur ce sujet. Il faut donc s’appuyer dessus.

Le gouvernement finance le programme du Planning familial à hauteur de 45.000 euros. Ne peut-il pas faire plus ?

Bien sûr. Déjà ce sera une bonne chose que tous les professionnels du Planning familial soient formés. Il faut ensuite qu’ils entrent dans les établissements, qu’ils rencontrent les éducateurs, les parents et bien sûr les personnes en situation de handicap. C’est le moyen de changer les mentalités. Je vais d’ailleurs demander aux Agences régionales de santé de flécher des financements spécifiques là-dessus. Ça va être une priorité.

Ne serait-il pas plus simple de faire de l’éducation sur ce sujet lors de la formation initiale des éducateurs ?

Le problème est qu’il existe une très grande hétérogénéité dans les structures qui forment les éducateurs. Il n’y a pas de programme commun. Et le volet sur l’éducation sexuelle est déjà, la plupart du temps, géré par le Planning familial.

Que pensez-vous des centres de soins ou d’hébergements qui interdisent le flirt dans leur règlement intérieur pour éviter les problèmes ?

Ce n’est pas normal. Je pense à réunir les fédérations d’associations qui gèrent les centres pour évoquer ce problème avec eux. D’autre part, j’aimerais beaucoup que le Planning familial rédige un guide, simple et pratique, sur ce sujet. Cela ferait avancer le débat.

Vous visitez régulièrement des instituts médico-éducatifs (IME). Avez-vous un souvenir particulier concernant le sujet du handicap et de la sexualité ?

Je me souviens d’un IME qui accueillait des jeunes autistes allant de 16 à 27 ans. L’infirmière était très fière de me montrer le système qu’elle avait mis en place pour éviter l’angoisse des autistes au moment des soins. Elle travaillait avec des images pour les habituer. Il y avait une image expliquant ce qu’est une piqûre, un pansement… Mais quand je lui ai demandé les images concernant l’éducation sexuelle, elle a été surprise. Elle m’a dit qu’ils n’avaient pas de vie sexuelle. Je me suis dit alors qu’il y avait beaucoup de travail à faire.