Une formation pour briser le tabou sur la sexualité des personnes handicapées

REPORTAGE Le but est de permettre aux personnes handicapées d'avoir une vie sexuelle comme tout le monde...

Vincent Vantighem

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Photo du film «The Sessions» de Ben Lewin qui raconte l'histoire vraie d'un homme paralysé cherchant l'amour.
Photo du film «The Sessions» de Ben Lewin qui raconte l'histoire vraie d'un homme paralysé cherchant l'amour. — Twentieth Century Fox France

De notre envoyé spécial à Vouneuil-sous-Biard (Vienne)

Il y a d’abord eu l’histoire de ce couple de personnes en fauteuil roulant. Obligées de faire appel à un ami pour les installer nus, dans un lit et dans la bonne position. Puis celle de cette handicapée mentale contrainte de demander à son éducateur de l’emmener dans un magasin de sextoys. Sans parler du cas du papa d’un jeune trisomique qui envisageait de « régler le problème » de son fils « en l’emmenant aux prostituées en Allemagne de temps en temps ».

Réunis, mercredi et jeudi pour une session de formation à Vouneuil-sous-Biard (Vienne), une vingtaine de membres du Planning familial n’ont eu aucun mal à trouver des exemples illustrant les difficultés rencontrées par les personnes handicapées pour avoir une vie sexuelle et affective. Comme tout le monde. « La sexualité est taboue. Le handicap est tabou. Alors si vous mettez les deux ensemble… », résume Christine, l’une des formatrices.

Un programme intitulé « Handicap et alors ? »

Le Planning familial a donc décidé de former ses membres sur le sujet. Charge à eux, ensuite, de porter la bonne parole dans les centres de soins et d’hébergement auprès des personnes handicapées, de leurs parents et de leurs éducateurs afin de faire évoluer les mentalités. Le programme s’intitule « Handicap et alors ? »

Portrait : Marcel Nuss, handicapé mais pas asexué

Et alors ? « Certains centres obligent les jeunes femmes à prendre la pilule pour éviter les grossesses », raconte Isabelle. « Quand ils n’interdisent tout simplement pas le flirt dans leur règlement intérieur… », poursuit Miléna. « Ou qu’ils nient la réalité tant qu’un résident ne se met pas à se masturber compulsivement devant les autres », lâche Sébastien.

La tentation du recours à la prostitution

Dans leur combat pour briser ce tabou, les militants du Planning familial peuvent, au moins, s’enorgueillir de bénéficier du soutien de Ségolène Neuville. Mercredi après-midi, la secrétaire d’Etat chargée des Personnes handicapées s’est rendue dans leur centre de formation pour les encourager.

Lire l'interview de Ségolène Neuville

« Pourquoi l’éducation sexuelle existe au collège et pas dans les instituts médico-éducatifs ? Ce n’est pas normal, s’insurge-t-elle. Il faut rentrer dans les centres et en parler avec les résidents, les éducateurs et leurs familles. Et surtout, ne pas réduire la vie sexuelle des personnes handicapées à l’achat d’un acte tarifé ! »

« Ils voulaient se tenir la main en regardant la télévision »

Coincées tant par leur corps que par le regard de la société, certaines associations de personnes handicapées regrettent la position du gouvernement. Ils réclament, en effet, le droit de recourir légalement à des prostitué(e) s ou des assistants sexuels seuls capables, à leurs yeux, de les soulager. « On n’a pas d’autre choix que d’aller vers la prostitution, assure ainsi Julia Tabath, présidente de l’association Ch(s)ose. Faire de l’éducation populaire, c’est très bien. Mais cela va encore prendre un temps considérable et ne réglera pas tous les problèmes… »

Handicap : Un assistant sexuel, c’est quoi au juste ?

Responsable de la formation, Miléna n’ignore rien de l’ampleur de la tâche mais préfère retenir les quelques personnes handicapées qu’elle est parvenue à aider. « Je me souviens d’un couple d’handicapés mentaux qui ont bataillé pour avoir une chambre commune. Quand finalement on leur a demandé pourquoi, ils ont simplement répondu qu’ils voulaient se tenir la main en regardant la télévision. »