Réforme des bulletins scolaires: Evaluer les élèves sur des compétences, ça change quoi ?

ENSEIGNEMENT La ministre de l'Education nationale a présenté ce mercredi sa réforme de l'évaluation des élèves du CP à la 3e...

Delphine Bancaud

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Najat Vallaud-Belkacem, le 30/09/2015 lors de la présentation de sa réforme de l'évaluation.
Credit:WITT/SIPA/1509301348
Najat Vallaud-Belkacem, le 30/09/2015 lors de la présentation de sa réforme de l'évaluation. Credit:WITT/SIPA/1509301348 — SIPA

Fini le temps où seules les notes comptaient pour déterminer les résultats scolaires d’un élève. Najat-Vallaud Belkacem a dévoilé ce mercredi sa réforme de l’évaluation des élèves du CP à la 3e, qui sera mise en place à compter de la rentrée 2016. Avec ce nouveau système, la ministre veut sortir de la notation sanction pour aller vers une évaluation davantage bienveillante, faisant la part belle à l’évaluation des compétences.

En primaire, les bulletins trimestriels ne comprendront plus de notes, mais les professeurs seront invités à évaluer les élèves, discipline par discipline selon quatre critères : objectifs d’apprentissage non atteints, partiellement atteints, atteints ou dépassés. Et un espace vert du bulletin, les invitera à faire un « bilan de l’acquisition des connaissances et des compétences ». C’est-à-dire à évaluer les compétences résultant du socle commun, le bagage que tout élève doit avoir acquis à l’issue de sa scolarité obligatoire, à 16 ans. Au collège, si les notes ne disparaîtront pas des bulletins, elles ne seront désormais plus les uniques marqueurs de la scolarité d’un élève. Puisque ce fameux espace vert, destiné à jauger, les compétences de l’élève y figurera aussi.

Une connaissance plus fine de l’élève

Par ailleurs, à la fin de chaque cycle (CE2, 6e et 3e), une fiche fera le bilan sur les huit compétences que l’élève devra avoir acquis à seize ans dans le cadre du socle commun (langue française à l’oral et à l’écrit, langages mathématiques, scientifiques et informatiques, méthodes et outils pour apprendre…). « Une sorte de check up général », comme l’a défini la ministre. Avec quatre critères d’appréciations : maîtrise insuffisante, fragile, satisfaisante, très bonne.

Cette évaluation par compétences changera la donne, selon la ministre de l’Education. « Elle permettra une appréciation plus qualitative des forces et des faiblesses de l’élève », a-t-elle indiqué mercredi. Un avis que partage Christian Chevalier, secrétaire général du syndicat Se-Unsa : « Pour juger les compétences des collégiens, les enseignants de différentes matières vont devoir se concerter. Ce regard croisé sur l’élève va permettre d’affiner son portrait », estime-t-il. Reste que pour Frédéric Rolet, cosecrétaire nationale du Snes, ce système de co-évaluation des enseignants va leur poser problème : « Cela va leur demander énormément de concertation », insiste-t-elle. Et les conseils de classe ne suffiront pas pour accorder leurs violons.

Des élèves davantage valorisés

Selon Najat-Vallaud Belkacem, ce nouveau système devrait aussi faire en sorte que « l’élève ne soit plus résumé à des moyennes. On donnera à voir sur son livret scolaire plus que ses seules qualités académiques », a-t-elle insisté. Christian Chevalier approuve aussi le fait que « l’évaluation de l’élève ne soit plus uniquement fondée sur son savoir encyclopédique, ce qui sera plus gratifiant pour lui ».

Cette évaluation par compétences permettra ainsi de valoriser davantage les élèves, qui ont des mauvais résultats académiques, mais qui ont d’autres savoirs faire : « un élève très engagé dans vie de son lycée pourra par exemple être très bien évalué dans l’item "formation de la personne et du citoyen" », explique la ministre.

Reste un dernier écueil pour Frédérique Rolet : le système d’évaluation proposé par la ministre, composé de bulletins trimestriels et de bilans tous les trois ans et mêlant notation traditionnelle par discipline et évaluation par compétences risque d’être « peu lisible pour les familles », car trop complexe.