Education sexuelle: A l’heure d’internet, les cours sont-ils encore adaptés ?

EDUCATION La ministre de l'Education a saisi le haut conseil à l'égalité entre les femmes et les hommes pour améliorer les cours d'éducation sexuelle...

Helene Sergent

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L'exposition "Le Zizi sexuel" s'adressait aux enfants et aux pré-adolescents de 9 à 14 ans.
L'exposition "Le Zizi sexuel" s'adressait aux enfants et aux pré-adolescents de 9 à 14 ans. — SIMON ISABELLE/SIPA

Onze ans. Selon une enquête réalisée par Michela Marzano et Claude Rozier, ce serait l’âge moyen auquel un enfant serait confronté pour la première fois à une image pornographique. Par curiosité mais aussi souvent malgré eux, subissant des publicités intrusives lorsqu’ils surfent sur internet.

Un débat « confisqué »

En juillet dernier, l’association Ennocence, créée par Héléna Walther, mère de quatre enfants dont trois adolescents, publiait un rapport sur ces nouvelles « portes d’entrée » à la pornographie. « On a fait le constat qu’un des principaux moyens pour les jeunes de s’informer sur le sexe et la sexualité était internet. Les cours d’éducation sexuelle sont poussiéreux et nous semblent en décalage avec ce que voient certains enfants », raconte la fondatrice de l’association.

Le 23 septembre, une lettre ouverte est envoyée à la Ministre : « Aujourd’hui tabou ou confisqué par des militants empreints de valeurs morales ou religieuses, le débat sur l’éducation sexuelle à l’école doit être relancé. Pour sensibiliser les enfants (et par ricochet les parents), l’article L312-16 du Code de l’éducation existe et dispose dans son article 22 qu’une « information et une éducation à la sexualité sont dispensées dans les écoles, les collèges et les lycées à raison d’au moins trois séances annuelles ». Or, dans les faits cette loi n’est pas appliquée, faute de moyen et/ou de volonté », écrit l’association.

Quelques jours plus tard, Najat Vallaud-Belkacem décide de saisir le Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes (HCEfh) pour réaliser un état des lieux des cours d’éducation sexuelle.

« On était tous gênés »

Victor a quitté le lycée en juin dernier. Son premier cours d’éducation sexuelle a eu lieu en 4e : « C’était au programme de SVT, je me souviens que notre prof, une dame d’une cinquantaine d’années nous répétait que c’était le ‘bon moment pour en parler’. On était séparés, filles d’un côté et garçon de l’autre, mais on était tous très gênés, on n’osait pas poser de questions ». A 16 ans, Louise a eu, en tout et pour tout, deux interventions de deux heures, elle aussi en classe de 4e : « Des intervenants extérieurs sont venus nous expliquer comment fonctionnaient les moyens de contraception, mais c’est à peu près tout ». Comment parler de sexualité aux adolescents, au-delà d’une simple approche biologique et scientifique à l’heure où 45 % des 10-15 ans possèdent un Smartphone ?

Pour Anne-Sophie, 27 ans, professeur de SVT au collège et au lycée, il s’agit avant tout de s’adapter aux élèves qui lui font face : « Je ne vais pas délibérément parler du porno si les élèves ne me posent pas de question en ce sens. Mais j’essaie de leur expliquer que leur sexualité leur appartient, qu’ils sont libres et qu’ils doivent la vivre de la façon dont ils ont envie de la vivre ».

Un rapport à l’image du corps altéré

Pour Caroline Rebhi, intervenante du Planning Familial en milieu scolaire, si internet a modifié le rapport des élèves à l’image des corps, les interrogations restent nombreuses chez les collégiens : « Pendant nos interventions, on dédie un moment à la représentation du corps, à la sexualité. Dans leurs manuels, il n’est jamais question de vulve, de clitoris ou des lèvres, or poser des mots sur les organes génitaux des femmes comme des hommes, cela permet de mieux appréhender le corps ».

L’OMS, dans un rapport publié en mars 2014, préconisait l’instauration de cours d’éducation sexuelle dès l’âge de 12 ans pour lutter contre les grossesses non-désirées. Pourtant rares sont les classes de CM2 à aborder ce sujet. Léa, sage-femme en région Aquitaine a travaillé sur cette question pendant des mois dans le cadre de son mémoire : « C’est difficile pour certains profs d’aborder ce sujet. Les élèves avaient tendance à se confier davantage parce que j’étais extérieure à leur quotidien, que je n’étais pas dans un rapport d’autorité ou d’évaluation avec eux ».

Et la jeune femme insiste : aborder la question du sexe, et des rapports entre les hommes et les femmes permettrait peut-être de prévenir certains comportements « à risque » : « En Allemagne et aux Pays Bas, les cours d’éducation sexuelle ont lieu dès la primaire et leur taux d’IVG est plus bas que celui que nous avons en France ».

Les conclusions de l’état des lieux commandé par le ministère devraient être communiquées à la fin du mois de novembre 2015.