Les français sous-équipés en aides auditives: Une étude décriée par les audioprothésites

SANTE UFC-Que-Choisir dénonce dans une étude les prix trop élevés des audioprothèses. Un constat à charge selon les professionnels...

20 Minutes avec AFP

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Illustration d'une prothèse auditive.
Illustration d'une prothèse auditive. — GILE/SIPA

Seule une personne sur quatre ayant une déficience auditive s’équipe d’une audio prothèse, les autres y renonçant principalement pour des raisons financières, selon une étude publiée lundi par UFC-Que Choisir.

Conséquence du vieillissement de la population et d’une baisse des barrières psychologiques à l’idée de porter un appareil auditif, les ventes d’audioprothèses ont plus que doublé depuis 2000, pour frôler les 600.000 en 2014, soit un marché de 927 millions d’euros, estime cette étude. Mais sur les 6 millions de personnes souffrant de déficiences auditives pouvant justifier d’être appareillées, seules un quart (1,5 million) le sont. Car « des freins demeurent, qui sont d’abord d’ordre financier ».

1550 euros par oreille

Le prix moyen d’un appareil auditif est en effet de 1 550 euros par oreille et dans 80 % des cas, les acheteurs ont besoin d’équiper les deux oreilles en même temps, soit une dépense de 3 100 euros. Compte tenu des remboursements très limités de l’assurance-maladie (120 euros par appareil) et des complémentaires santé, les consommateurs conservent une dépense à leur charge de 1 100 euros par oreille (2 200 euros pour les deux).

L’étude estime que 2,1 millions de personnes renoncent à s’équiper en raison du prix, « au risque de s’isoler progressivement de leur entourage et de leur vie sociale ». D’autres sont rebutées par des doutes sur l’efficacité de l’appareil, ou ont des réticences psychologiques à porter une audio prothèse.

Les auteurs attribuent les prix dissuasifs à une « pénurie » d’audioprothésistes en France : ils sont environ 3.100 pour des besoins estimés à 7.150 professionnels, et sont donc en position d’obtenir auprès des enseignes des salaires élevés, qui se répercutent dans les prix.

Une marge brute moyenne de 78 %

Les appareils sont revendus « 4,5 fois leur prix d’achat », soit une marge brute moyenne de 78 %. Une fois les divers frais et salaires déduits, la marge nette se situe entre 15 et 18 %, niveau supérieur au « déjà rentable secteur de l’optique ».

Pour enrayer la pénurie d’audioprothésistes et enclencher un « cercle vertueux » qui ferait baisser les prix, UFC-Que Choisir demande aux ministères de la Santé et de l’Education un relèvement du numerus clausus introduit à la rentrée 2015 (seuls 199 nouveaux professionnels seront formés cette année).

Une étude « biaisée » et « à charge »

Le syndicat national des audioprothésistes Unsaf a jugé lundi « biaisée » et « à charge » l’étude d’UFC-Que Choisir. « Que Choisir publie un dossier à charge, aux données incomplètes ou erronées, concocté sans concertation avec les administrations, les professionnels, les associations de patients », a réagi le syndicat dans un communiqué.

l’Unsaf assure qu’une « dérégulation sauvage » ne profiterait « sûrement pas aux patients ». « En matière de santé, trop de concurrence fait baisser la qualité et non les prix », affirme-t-il. Le syndicat suggère pour sa part d'« améliorer le remboursement des appareils auditifs, dont les tarifs pour adultes n’ont pas été revus depuis 1986 ». Il assure que le prix moyen d’un appareil auditif (1 500 euros pour une oreille) se situe « dans la moyenne basse européenne ».