Alcool au volant: Un taux à zéro, le vrai coup de frein à la mortalité routière?

SECURITE L’association « 40 millions d’automobilistes » lance une campagne contre l’alcool au volant…

Audrey Chauvet

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Une opération de contrôle d'alcoolémie.
Une opération de contrôle d'alcoolémie. — SALOM-GOMIS SEBASTIEN/SIPA

Tolérance zéro : pour l’association « 40 millions d’automobilistes », un verre d’alcool, c’est déjà trop. Avec sa campagne « Je suis un héros, je roule à zéro », l’association appelle les conducteurs à militer pour l’abaissement de l’alcoolémie autorisée, aujourd’hui 0,5 gramme par litre de sang, à zéro. Est-ce une solution pour réduire la mortalité routière ?

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Les accidents liés à une très forte alcoolémie

« En 2014, l’alcool au volant a ôté la vie à près de 1.000 usagers, anéanti l’avenir de plus de 8.000 personnes et brisé autant de familles. Pourtant ces drames sont évitables : il suffirait que chacun refuse de prendre le volant sous l’effet de l’alcool », écrit l’association d’automobilistes dans un communiqué. D’après l’Observatoire national interministériel de la sécurité routière (ONISR), l’alcool est la première cause d’accident mortel sur la route, représentant 29 % des décès.

Si d’autres facteurs interviennent dans les accidents mortels, comme l’excès de vitesse ou le non-respect des distances de sécurité, l’alcool au volant reste un problème majeur, reconnaît Jean-Yves Salaün, délégué général de l’association Prévention routière. Toutefois, les accidents mortels sont le plus souvent liés à de « grosses alcoolémies, au-delà d’un gramme d’alcool par litre de sang dans huit cas sur dix », rappelle Jean-Yves Salaün. Abaisser le seuil de tolérance à zéro ne changerait pas le comportement de ces buveurs excessifs. « Il faut aussi renforcer les contrôles et prendre en charge les personnes qui récidivent ou qui ont un problème de dépendance à l’alcool », estime le délégué de l’association.

Pas de lien entre taux autorisé et nombre d’accidents

En Europe, les taux d’alcoolémie maximum varient de 0,8 gramme par litre en Angleterre, pays le plus laxiste, à 0,2 gramme pour les plus stricts (Finlande, Suède, Pologne). Seuls quelques pays de l’est de l’Europe ont adopté la tolérance zéro : en République tchèque, Slovaquie, Hongrie, Bulgarie et Roumanie, il est interdit de circuler avec la moindre trace d’alcool dans le sang. « Dans ces pays sujets à une forte consommation d’alcool, il s’agit surtout d’une question de santé publique », estime Jean-Yves Salaün.

Les chiffres de la Commission européenne font toutefois apparaître un paradoxe : alors que l’Angleterre autorise jusqu’à quatre verres avant de prendre le volant (chaque verre faisant monter le taux d’alcool dans le sang de 0,20 à 0,25 gramme en moyenne), le taux de mortalité sur la route y est parmi les plus bas d’Europe avec moins de 30 décès par million d’habitants, contre 53 pour la France. A l’inverse, les strictes législations roumaines ou bulgares n’ont pas empêché ces deux pays de connaître environ 90 accidents mortels par million d’habitants en 2014. L’explication se trouve peut-être dans la peur de perdre son permis et de devoir s’acquitter d’une lourde amende : dans les pays où la limite est à 0,8 gramme, les contrôles d’alcoolémie sont en général plus fréquents qu’en France et les sanctions plus lourdes.