Montreuil: Une association raccompagne les chômeurs sur le chemin de l’emploi

REPORTAGE «20 Minutes» a suivi le travail de Solidarités nouvelles face au chômage qui épaule une vingtaine de chômeurs à Montreuil avec succès…

Oihana Gabriel
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Deux bénévoles du SNC aident une jeune chômeuse à reprendre confiance pour trouver un emploi.
Deux bénévoles du SNC aident une jeune chômeuse à reprendre confiance pour trouver un emploi. — O. Gabriel / 20 Minutes

« S’il y avait davantage d’associations comme la nôtre, on aurait moins de chômeurs en France », lâche Patricia, dynamique cinquantenaire bénévole de Solidarités Nouvelles face au Chômage (SNC). Mercredi, 14h, elle a rendez-vous au Tabac des Rigollots à Vincennes (Val-de-Marne) avec Julie*, sans emploi depuis trois ans.

« C’est complètement différent du travail de Pôle Emploi »

Après bien des tentatives, cette jeune-femme a poussé la porte de l’antenne montreuilloise de SNC, une association qui fête ses 30 ans cette année. « Nous, on a le temps, on a été formés par l’association à rechercher les talents, à l’écoute bienveillante, on épaule les accompagnés pendant des mois, parfois des années. C’est complètement différent du travail de Pôle Emploi qui consacre 10 minutes par chômeur et qui ne suit même pas le dossier de A à Z. »

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Dans le café, un endroit public pour sortir de l’isolement les demandeurs d’emploi, Jean-Yves et Patricia inspectent le CV d’Iris. Car les bénévoles fonctionnent toujours par binôme. « On peut faire des bourdes ou trop s’identifier à la personne. Certains d’entre nous ont aussi eu un passage à vide », avoue Patricia, qui continue à travailler. Jean-Yves, lui, a pris sa retraite. « En un coup d’œil, je remarque ce qui ne va pas sur un CV. Ce serait dommage de ne pas en faire profiter les autres. Et puis ça me permet de rester en contact avec la vraie vie. »

« Tu as un bon parcours, je ne suis pas inquiète »

En face d’eux, Julie, 40 ans, tente de redéfinir son projet professionnel. « Tu as un bon parcours, je ne suis pas inquiète, la rassure Patricia. Et tes aspirations correspondent à tes diplômes, c’est un bon début ! » Un encouragement que Julie n’accepte qu’à mi-mot. « Le problème c’est que je n’ai pas terminé ma formation en dessin et que j’ai beaucoup perdu confiance en moi », explique la jeune-femme angoissée. « Est-ce que tu peux nous raconter un succès ? », tente Jean-Yves. « Je suis exigeante avec moi-même jusqu’à l’absurde », souffle Julie.

Petit à petit, le binôme arrive à déceler les qualités de l’ancienne graphiste. Autre exercice pratique : Julie liste les métiers qui la feraient rêver. « C’est drôle parce que tu dis avoir un problème avec la création et tous ces métiers sont créatifs », remarque Patricia.

Les bénévoles pendant plus d’une heure livrent des conseils pour refaire un cv, s’inscrire sur des réseaux sociaux, s’informer sur les formations. Et l’encouragent à frapper aux bonnes portes… « Un autre accompagné, Fabrice, qui était en fin de droit et très déprimé s’est adressé au maire de sa commune… et il a trouvé l’emploi dont il rêvait depuis des années, se réjouit Patricia. D’ailleurs plus de la moitié de personnes aidées par SNC décrochent un emploi. Moi je n’ai pas le profil de Mère Teresa, si l’efficacité de notre démarche n’était pas démontrée, je ne ferai pas partie de cette association ! »

« Cette fois, je suis cadrée »

Et Julie de ressortir de la rencontre avec le sourire. « C’est difficile de s’autodiscipliner seule, de ne pas perdre pied. Cette fois, je suis cadrée et je ne veux pas leur faire perdre du temps. Au quotidien, ce n’est pas évident de parler de recherche d’emploi avec ses proches. » Et ce genre d’accompagnement personnalisé, proposé par nombre d’associations, la convainc bien plus qu’un contrôle que Pôle Emploi va généraliser à partir de fin septembre. « A Pôle Emploi, la relation est infantilisante. Ça n’aide pas d’avoir la trouille et d’être considéré comme un resquilleur… »