Scolarisation des migrants: «Quand je suis arrivé, je ne savais même pas dire bonjour»

REPORTAGE « 20 Minutes »a rencontré des élèves migrants de la classe d’accueil du lycée Paul-Valéry de Paris…

Delphine Bancaud

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Un élève migrant scolarisé dans la classe d’accueil du lycée Paul Valéry de Paris, le 18 septembre 2015. Lancer le diaporama
Un élève migrant scolarisé dans la classe d’accueil du lycée Paul Valéry de Paris, le 18 septembre 2015. —

Sur la porte d’entrée de la classe l’affiche « Ici ou ailleurs » plante le décor. C’est là que se niche la classe d’accueil* des élèves migrants du lycée Paul-Valéry de Paris. Alors que la ministre de l’Education se rendra dans cet établissement ce lundi, 20 Minutes l’a visité.

Ce vendredi matin, seize élèves de douze nationalités (syrienne, brésilienne, ivoirienne, chinoise, nigérienne, tunisienne…), âgés de 15 à 18 ans, ne perdent pas une miette des explications de Stéphane Paroux, le professeur de français. « Quel est cet objet ? », demande-t-il à Theresa. « C’est un stylo », répond l’élève, pendant que son camarade, Mohamed écrit la phrase au tableau. Un exercice de vocabulaire et d’orthographe basique, essentiel pour les élèves qui viennent d’arriver en France. L’enseignant passe ensuite du coq à l’âne : « Que s’est-il passé le 14 juillet 1789 ? », interroge-t-il. « La prise de la Bastille », lui répond en chœur une poignée d’élèves.

Des élèves toujours solidaires

Une diversité d’exercices qui permet à l’enseignant d’aborder des domaines multiples et de s’adapter aux différents niveaux de français des élèves. « On travaille par compétences, mais toujours en action. Et je varie les activités pour ne pas les lasser et les faire participer tour à tour, en fonction de leur niveau », explique-t-il. C’est maintenant à Amal d’écrire le verbe faire au présent au tableau. Lorsqu’elle inscrit « nous faissons », Stéphane Paroux fait corriger l’erreur par les autres élèves et encourage la jeune fille : « ce n’est pas grave, tu as vu la principale difficulté en écrivant bien "ai" alors qu’on entend un "e" ». Car la bienveillance est le fil conducteur de sa pédagogie.

Toujours aux aguets, l’enseignant n’oublie personne. Entre deux exercices, il donne à Thiago dont c’est le premier jour de classe, un test de français à faire. Dans la classe, les élèves discutent beaucoup, que cela soit en français, en chinois ou en anglais. Les uns traduisant des expressions aux autres. Car dans cette tour de Babel, tous sont solidaires.

Après un exercice oral sur le lexique des mathématiques, c’est la récréation. Certains élèves jouent au piano. Des anciens de la classe d’accueil passent saluer Stéphane Paroux, signe de leur attachement à leur ex-prof. « Les élèves restent en moyenne un an en classe d’accueil et lorsqu’ils ont atteint un niveau suffisant en français, ils rejoignent des classes ordinaires. Mais certains suivent déjà quelques matières avec les élèves de seconde », explique Stéphane Paroux.

Ils rêvent de poursuivre leurs études en France

Ce moment de pause est aussi l’occasion pour Mohamed, un syrien de 17 ans, de se confier : « Je suis arrivé en France il y a un an, sans parler Français. Aujourd’hui, je comprends presque tout et j’ai des copains du monde entier. J’espère intégrer une classe de seconde en 2016, et ensuite étudier l’informatique », indique-t-il. Même enthousiasme chez Saman, 16 ans, Kurde iranien, depuis 10 mois en France. « Quand je suis arrivé, je ne savais même pas dire bonjour et maintenant je souhaite entrer en 1ere S. Les enseignants sont gentils ici et font tout pour nous aider », confie-t-il. Céline Tsou, une Chinoise de 15 ans, a elle aussi des rêves plein la tête : « L’an dernier, j’étais la meilleure de la classe en français et j’espère faire mes études en France », lâche-t-elle dans un sourire.

Mais l’histoire n’est pas toujours aussi positive pour certains élèves : « Les réfugiés arrivent parfois avec des traumatismes que nous ne sommes pas capables de gérer. D’autres élèves migrent trop tard et finissent par se déscolariser », raconte Stéphane Paroux. Des cas heureusement rares : « Les deux tiers des élèves de classe d’accueil intègrent une seconde générale et quelques-uns sont réorientés dans l’enseignement professionnel », indique l’enseignant. Mais la plus grande réussite de l’enseignant est à coup sûr de les avoir aidés à se sentir bien en France.

* Ces classes sont aussi appelées Upe2a (unités pédagogiques pour élèves allophones arrivants). Selon les estimations du ministère de l’Education, entre 8.000 et 10.000 enfants et adolescents pourraient être accueillis en France dans les deux ans dans des classes du même type.