Le calvaire des victimes du «dentiste boucher» pour se faire indemniser

JUSTICE Mis en examen depuis 2013, Mark Van Nierop, le dentiste néérlandais, serait insolvable. Ses victimes pourraient ne pas toucher réparation avant le procès, prévu en 2016...

Hélène Sergent

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Illustration: un patient chez le dentiste.
Illustration: un patient chez le dentiste. — PHILIPPE HUGUEN / AFP

Des dents saines arrachées ou dévitalisées, gencives cousues à la joue ou poses de couronnes inutiles et hors de prix… Entre 2008 et 2013, les habitants de Château-Chinon (Nièvre) et de ses environs ont connu l’enfer dans le cabinet du dentiste néerlandais Mark Van Nierop. Les victimes du praticien, surnommé depuis « le boucher », seraient plus de 140.

Sous le coup d’un mandat d’arrêt international, Van Nierop a finalement été arrêté au Canada en 2013 puis extradé des Pays-Bas vers la France pour y être jugé. Le 15 janvier dernier, ses malheureux patients ont pu souffler en apprenant sa mise en examen pour « violences volontaires ayant entraîné une mutilation ou une infirmité » et « faux et escroquerie ». Mais le soulagement a été de courte durée.

« Totalement insolvable »

Parmi les 2800 patients « soignés » par le néerlandais, certaines victimes se sont endettées et ont déboursé des sommes importantes pour tenter de « réparer » les dégâts causés par le dentiste. Pour autant, aucune indemnité ne devrait leur être versée avant la tenue du procès. Un « scandale » pour les dizaines de victimes qui se sont regroupées au sein d’un collectif et se sont portées parties civiles.

Leur avocat, Me Charles Joseph Oudin, également avocat de certaines victimes du Mediator juge cette situation « inacceptable » : « Il est totalement insolvable et le crie sur tous les toits. Nous avions deux pistes : agir contre son assurance, la MACSF, ou solliciter le Fonds de garantie des victimes des actes de terrorisme et d’autres infractions (FGTI) ».

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L’impasse pour les victimes

Or dans les deux cas, les patients floués de Mark Van Nierop seraient dans l’impasse. L’assurance du dentiste a obtenu, en 1re instance, l’annulation de son contrat. Une annulation motivée par le fait que le dentiste faisait déjà l’objet de procédures disciplinaires au Pays-Bas et aurait fait de fausses déclarations lors de son installation, en 2008, en France.

La seconde option, qui consiste à solliciter la « solidarité nationale » via le FGTI, permet à toute personne victime d’une infraction d’obtenir une indemnisation. « Les patients qui se sont tournés vers le fonds de garantie ont reçu un courrier expliquant que sa responsabilité n’était pas applicable dans ce cas précis et qu’il n’avait pas à verser d’indemnités », explique l’avocat du collectif dentaire.

La décision du fond doit encore être tranchée par un juge de la Commission d’Indemnisation des Victimes d’Infractions (CIVI). Une impasse qui agace Me Charles Joseph Oudin : « Le FGTI tente, par tous les moyens, de se dégager pour ne pas avoir à payer les indemnités ». Le procès se tenir en janvier ou en février 2016