De plus en plus d'étudiants font le choix du privé pour fuir les facs bondées

ENSEIGNEMENT SUPERIEUR Universités libres, écoles ou prépas privés voient leurs effectifs bondir...

Delphine Bancaud
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Lyon, le 10 septembre 2015
L'université Catholique de Lyon a fait sa rentrée.
Lyon, le 10 septembre 2015 L'université Catholique de Lyon a fait sa rentrée. —

Les bacheliers ont de plus en plus la tentation du privé. Pour cette rentrée, 65.000 étudiants supplémentaires sont venus rejoindre les bancs de l’université en raison d’une explosion démographique et d’un mouvement de démocratisation de l’enseignement supérieur.

Au mois d’août, 7.500 bacheliers se sont retrouvés sans affectation pour la rentrée car les facs manquaient de place pour les accueillir. Du coup, beaucoup d’entre eux, inquiets de se retrouver sur liste d’attente, ont changé leurs plans et se sont orientés vers des établissements privés, où ils étaient sûrs de trouver une place. Ce que confirme Cassandre Bliot, responsable des questions universitaires à l’Unef : « Le public n’étant pas en capacité de les accueillir, certains se sont repliés vers le privé ». D’autres, anticipant des amphis bondés et craignant l’échec en première année, avaient fait le choix du privé depuis la terminale.

Les facs privées font le plein

Du coup, de nombreux établissements privés ont vu les demandes d’inscriptions augmenter cette année. Notamment ceux qui proposent des cursus en psychologie, en droit ou en santé, des filières saturées dans les facs publiques. « Nous avons enregistré 20 % de demandes d’inscriptions en plus part rapport à l’année dernière de la part des bacheliers, dont beaucoup n’avaient pas pu s’inscrire dans l’université de leur choix », explique ainsi Nicole Aknin, directrice de la Sigmund Freud University. Et cela, même si un semestre de cours en bachelor leur sera facturé 4.900 euros.

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Même constat à la Faco de Paris, où le nombre de dossiers de candidature a doublé cette année par rapport à 2013 pour les licences d’économie et de droit. « Les candidats ont beaucoup évoqué les conditions d’études qui se sont détériorées dans les universités publiques », explique Thierry Boidart, le directeur. Selon lui, les étudiants espèrent trouver dans son établissement de meilleures garanties de réussite : « on reste sur des promos de 110 étudiants en première année de droit avec des TD d’une vingtaine de personnes ». La Faco se targue d’ailleurs d’obtenir 60 % de réussite en première année de droit, contre 40 % en moyenne dans les facs publiques. Mais là encore, il faudra débourser 5.900 euros pour l’année.

A l’Institut catholique de Paris, « la tendance des inscriptions est aussi à la hausse cette année », assure son recteur, Philippe Bordeyne. Les licences droit et science politique, histoire de l’art-anglais ou sciences éco et politique cartonnent. « Les étudiants éprouvent un sentiment de sécurité en venant chez nous », explique le recteur. Tutorat, semestre d’études à l’étranger, service dédié à l’orientation… Les moyens sont mis pour offrir un bon encadrement aux étudiants.

Des risques pour les étudiants

Reste que s’inscrire dans le privé comporte certains dangers, comme le souligne Cassandre Bliot : « Ce n’est pas parce que l’inscription est chère que l’enseignement est de qualité », souligne-t-elle. Et pour les bacheliers et leurs parents, il n’est pas toujours facile de séparer le bon grain de l’ivraie. Par ailleurs, les formations proposées ne débouchent pas toujours sur des diplômes d’Etat : « les établissements manquent parfois de transparence sur ce point et joue sur le nom des diplômes pour créer la confusion », explique Cassandre Bliot.

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Enfin, beaucoup d’étudiants inscrits dans le privé sont contraints de faire un emprunt bancaire pour financer leur scolarité ou doivent travailler en parallèle à leurs études, ce qui peut nuire à terme, à leur réussite.

Pour l’heure, le ministère de l’Enseignement supérieur estime que ce report du public vers le privé « n’est pas massif », comme l’a déclaré au Parisien Thierry Mandon, le secrétaire d’Etat en charge de ce portefeuille. Tout en reconnaissant que si davantage de moyens ne sont pas alloués aux universités les prochaines années « se développeront des marchés privés pour satisfaire la demande ». Une évolution qu’envisage déjà Thierry Boidart : « Nous avons déjà prévu d’augmenter nos capacités d’accueil dans les prochaines années », souffle-t-il…