Crise des migrants: Dans les coulisses de l'Ofpra, l'organisme chargé de traiter les demandes d'asile

ASILE «20 Minutes» a pu assister exceptionnellement ce mercredi à un entretien entre un agent de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) et un réfugié syrien…

William Molinié

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Un réfugié syrien dans un container d'habitations vétustes dans une zone industrielle à Berlin, le 11 septembre 2015
Un réfugié syrien dans un container d'habitations vétustes dans une zone industrielle à Berlin, le 11 septembre 2015 — Tobias Schwarz AFP

Jean gris, sweater bleu foncé, tennis blanches, Mourad* s’excuserait presque de se trouver face à l’officier de protection ce mercredi matin à Cergy-Pontoise (Val-d’Oise). Ses mains restent crispées sur ce qu’il lui reste de son identité : un passeport, une carte d’accès à un hôpital de Damas et quelques cartes de visite. Son acte de naissance, de mariage, ses diplômes d’infirmiers, feuilles de salaire et l’ensemble de ce qui a rempli ses 32 années d’existence ont sombré au fond de la Méditerranée, quelque part entre la côte turque et l’île grecque de Lesbos.

C’était au début du mois d’août, raconte-t-il à la fonctionnaire de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA). Pour rejoindre l’Europe, à bord d’une chaloupe, il a payé 1.250 dollars à un passeur en Turquie, pays qu’il avait gagné depuis le Liban. Une fois à Athènes, poursuit-il, lui et son beau-frère ont marché puis pris le train, le taxi et encore marché jusqu’en Serbie. Il raconte la partie de cache-cache avec la police hongroise. Et son bonheur lors de son arrivée en train à la gare de Munich.

Questions précises

Son propos est spontané et se perd parfois en digressions inutiles. Mais l’agent de l’OFPRA le laisse parler. « Ces réfugiés sont arrivés en France la semaine dernière. Leur récit est encore tout frais. C’est tout à fait exceptionnel », raconte l’un d’entre eux entre deux entretiens. Les discours ne sont pas rodés et les associations qui les recueillent habituellement n’ont pas eu le temps de les briefer sur ce qu’ils devaient dire pour obtenir leur statut de réfugié.

Cet entretien doit établir l’état civil des demandeurs d’asile. Nom, prénom, âge, liens de parenté, résidences, travail… Tout y passe, y compris la religion et parfois le bord politique. Les questions sont précises et l’agent demande parfois que Mourad épelle précisément les noms des quartiers où se trouvent à Damas sa femme, son fils et sa fille.

« Bienvenue en France »

L’échange touche à sa fin. « Vous allez bientôt recevoir le statut de réfugié. Vous pourrez travailler. Que voulez-vous faire ? », lui demande l’enquêteur. « Il dit vouloir se relancer dans les études pour avoir une équivalence avec son diplôme d’infirmier syrien », traduit l’interprète. Mourad souhaite aussi pouvoir apprendre rapidement le français pour faire venir ses proches au titre du regroupement familial. « Oui, dans un second temps », acquiesce le représentant de l’Etat français.

« Nous avons été accueillis chaleureusement par la France. Mais vous savez, tout ce que vous m’avez demandé ne porte que sur un moment très bref de ma vie. Si vous voulez que je rentre dans les détails, ce sera très triste », lâche-t-il avant de se lever de sa chaise. « Nous vous l’épargnerons », écarte l’agent. Qui ajoute : « Bienvenue en France. »

*Pour respecter la confidentialité des entretiens, le prénom a été changé