D'anciens légionnaires jugés pour la mort d'un camarade à Djibouti

JUSTICE Le procès de quatre anciens légionnaires s'ouvre jeudi aux assises à Paris...

L.C. avec AFP

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Commandos francais de la 13eme DBLE ( Demi-Brigade de Legion Etrangere appartenant a la 1ere compagnie de combat du 5eme Regiment Interarmes d'Outremer ) stationnes a Arta, a 45 km de Djibouti, photographies lors d'un exercice d'evacuation de ressortissants francais.
Commandos francais de la 13eme DBLE ( Demi-Brigade de Legion Etrangere appartenant a la 1ere compagnie de combat du 5eme Regiment Interarmes d'Outremer ) stationnes a Arta, a 45 km de Djibouti, photographies lors d'un exercice d'evacuation de ressortissants francais. — CHARUEL/SIPA

Quatre anciens légionnaires, dont deux en fuite, sont jugés à partir de jeudi aux assises à Paris pour la mort d’un camarade en 2008 à Djibouti. La victime, Joszef Tvarusko (alias Matus Talas), un Slovaque du deuxième régiment étranger de parachutistes (REP), est mort le 5 mai 2008 d’un « coup de chaleur » lors d’un exercice, après avoir reçu plusieurs coups et été privé d’eau en dépit de ses plaintes répétées. Le procès doit se dérouler jusqu’au 25 septembre.

Rappel des faits

Joszef Tvarusko est mort au deuxième jour de l’exercice « Bour Ougoul 2008 ». Il faisait alors 38 degrés Celsius. Au cours de cet entraînement, les légionnaires devaient progresser vers un pic rocheux. Le Slovaque s’était plaint dès le matin de douleurs au genou. Considéré comme un élément faible, voire tire-au-flanc, par plusieurs camarades et l’encadrement, il a été forcé à continuer, frappé à plusieurs reprises, notamment par le caporal Suciu, et obligé à rester au soleil pendant les pauses.

Privé d’eau, Joszef Tvarusko avait repris la marche avec difficulté, en titubant, avant de quémander de l’eau aux légionnaires d’un autre groupe. Il a ensuite été contraint à entamer la dernière ascension de la journée, une pente à 70 % qui lui a été fatale. Il s’effondre sur un arbuste vers 16h20 et son décès est prononcé deux heures plus tard.

Quatre supérieurs poursuivis

Quatre de ses supérieurs sont poursuivis pour « violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner, commises en réunion ». Ils encourent vingt ans de réclusion criminelle. Le lieutenant français Médéric Bertaud, le caporal roumain Petru Sabin Suciu (allias Adrian Steanu), le sergent chilien Omar Andrès Martinez et le caporal mexicain Wigberto Hernandez Canceco ont été radiés de la Légion. Un mandat d’arrêt a été lancé contre les deux derniers qui sont en fuite.

Les quatre militaires avaient d’abord été poursuivis pour « actes de torture et de barbarie ayant entraîné la mort sans intention de la donner », avant que les faits soient requalifiés. La juge d’instruction a estimé que le décès, dû à un coup de chaleur, n’avait pas été causé par la déshydratation relative de Joszef Tvarusko, mais par la prolongation d’un effort disproportionné par rapport à ses capacités. Un effort fatal, prolongé par les violences subies, selon une source proche du dossier.

Pour les avocats des accusés, il n’avait « rien à faire à la Légion, qui est un corps d’élite », amené à être déployé lors des plus importantes opérations extérieures de la France, comme le Mali ou l’Afghanistan. Le jeune lieutenant Bertaud, sorti bien noté de Saint-Cyr, il « entraîne ses hommes à la réalité de la guerre », explique son avocat Maître Varaut. « Le fait de faire un exercice par 38°, aux pires heures de la journée, de déclarer apte un légionnaire en surpoids et qui renâcle : soit c’est la responsabilité de dix personnes, soit d’aucune », estime-t-il.