Pourquoi les réfugiés ne vont pas récupérer les logements sociaux des plus précaires

CRISE DES MIGRANTS Certains politiques n'hésitent pas à manipuler les chiffres sur les logements vacants qui pourraient être mis à disposition des réfugiés...

Helene Sergent

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A Nice Saint-Augustin, 69,5 % des ménages vivent en HLM (photo d'illustr.).
A Nice Saint-Augustin, 69,5 % des ménages vivent en HLM (photo d'illustr.). — F. BINACCHI / ANP / 20 MINUTES

Une avalanche de chiffres, un déferlement de moyens. Depuis plusieurs semaines, le gouvernement Valls tente de trouver une réponse à la crise migratoire qui touche la France. Les expulsions à répétition et les campements précaires au cœur de la capitale ont mis en lumière un dispositif d’hébergement d’urgence à bout de souffle. Et pour cause, la France comptabilise près de 60 000 demandes d’asile par an contre 25 000 places disponibles en centres d’accueil (CADA).

Les HLM de la discorde 

Pour y remédier, l’Etat a annoncé en juin la création de 1.500 places d’hébergement d’urgence, 4.000 places d’hébergement pour les demandeurs d’asile en attente, 5.000 places destinées à favoriser l’accès au logement autonome des réfugiés qui ont obtenu la protection de la France et 500 places en centre provisoires pour les réfugiés les plus vulnérables, soit près de 11.000 places supplémentaires.

L’effort est notable mais semble insuffisant au regard de l’engagement pris, le 7 septembre dernier, par François Hollande d’accueillir près de 24 000 migrants d’ici 2017. Si une majorité de Français se dit désormais « favorable » à l’accueil des réfugiés, un chiffre a semble-t-il heurté certains internautes : celui des HLM vacants qui pourraient être mis à disposition des demandeurs d’asile.

Dans une tribune publiée samedi, Marie Arlette Carlotti, ex-ministre socialiste déléguée aux Personnes handicapées et à la Lutte contre l’exclusion, propose à l’État de piocher parmi les 77.310 logements sociaux vacants pour loger les réfugiés. En quelques heures, l’information est relayée sur les réseaux sociaux par des politiques visiblement plus soucieux d’attiser la polémique que de vérifier ce chiffre.


Des secteurs désertés 

A quoi correspond ce chiffre et d’où sort-il ? Présidente du Haut comité pour le logement des personnes défavorisées (HCLPF), Marie Arlette Carlotti s’est appuyée sur la publication annuelle du « parc locatif social au 1er janvier 2014 » réalisé par le Commissariat Général au développement durable, soit les chiffres les plus récents en matière de parc social. Sur le fond, l’ex-ministre propose d’utiliser seulement une partie des logements sociaux vacants (et non sa totalité) et d’autre part, il s’agit de logements vacants structurels.

« Ces logements vacants existent principalement dans les petites et moyennes villes, dans lesquelles il n’y a pas de demande de location depuis au moins trois mois », insiste René Dutrey, secrétaire général du HCLPF. Quand aux accusations de mises en concurrence des publics précaires, mal-logés ou SDF contre réfugiés, il s’agit d’un non-sens pour Marie Aleth Grard, vice-présidente d’ATD-Quart Monde : « Il ne s’agit pas d’opposer la guerre à la misère. Cela peut être une formidable opportunité pour développer un élan de solidarité et des possibilités de logements que nous savons possible. »

Selon elle, des solutions différentes doivent être proposées à ces publics : « Proposer à des réfugiés, qui viennent d’arriver en France et qui ont tout à construire, d’aller vivre dans le Jura, c’est plus simple que de proposer à une famille française mal-logée, dont les enfants sont scolarisés à tel endroit, qui travaille à cet endroit, de tout quitter et de déménager. » Une vision que partage René Dutrey : « Quand on est mal logé et qu’on habite à Paris, on a un réseau familial, professionnel et on n’a pas forcément envie d’aller habiter à Châtellerault. C’est le choix de chacun de vouloir habiter là où l’on a des attaches. »

Une version toutefois nuancée par Christophe Robert, délégué général de la fondation Abbé Pierre : « Une des difficultés à prendre en compte, c’est justement ce que sous-entendent ces zones détendues : Si la demande en logement social est faible, c’est probablement parce que l’activité économique est faible ». Pour le sociologue les réponses en termes d’accès à l’hébergement doivent toucher tous les publics : « Il faut que cet élan serve autant les réfugiés que les mal-logés, sans faire de distinction ».

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Des ressources difficiles à chiffrer

S’il ne s’agit aujourd’hui que d’une proposition, elle semble crédible. Les ministères de l’Intérieur et du Logement l’avaient déjà esquissée dans leur « plan pour les migrants » le 17 juin dernier. En parallèle de cette polémique, le quotidien Le Monde annonçait ce mercredi qu’Adoma, le premier opérateur de logements à destination des réfugiés, avait réalisé un état des lieux, à la demande des autorités, pour évaluer le nombre de places d’hébergement disponibles.

Le document ciblerait trois sources de places vacantes : le réseau Adoma lui-même (5.000 places), le réseau AFPA (7.500 places), qui se charge de loger ses stagiaires, et le ministère de la Défense (8.000 places). Au total, près de 20.500 places pourraient être mises à disposition de l’Etat pour accueillir les réfugiés.

Au sein de l’Association pour la formation professionnelle des adultes (AFPA), les chiffres diffèrent un peu : « Nous disposons aujourd’hui de 2.000 places disponibles réparties sur tout le territoire. Et nous avons également environ autant de chambres qui nécessitent des travaux de rénovation », détaille Anne Morrier, chargée de la communication de l’association. Pour ne pénaliser aucun stagiaire, ces chambres individuelles ne seront proposées de façon temporaire qu’aux demandeurs d’asile en attente du traitement de leur dossier par l’OFPRA.

Du côté du ministère de la Défense, le chiffre avancé par Le Monde et Adoma n’a pas été confirmé. Si la France dispose visiblement d’un certain nombre de ressources, la réhabilitation d’immeubles (voués initialement à la démolition par exemple) va nécessiter des investissements importants. Dans son discours prononcé hier à l’Assemblée nationale, Manuel Valls s’est engagé à verser 85 millions d’euros pour le dispositif de premier accueil et l’hébergement d’urgence et 114 millions d’euros pour financer les structures qui prendront le relais.