Les universités mises au défi d'accueillir un flux record d'étudiants

ENSEIGNEMENT SUPERIEUR Pour accueillir 65.000 étudiants supplémentaires, les universités ont dû faire de sérieux arbitrages budgétaires...

Delphine Bancaud

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Un cours en amphi bondé dans une université nantaise.
Un cours en amphi bondé dans une université nantaise. — Unef

Raz de marée dans les universités. A la rentrée 2015, elles doivent accueillir 65.000 étudiants de plus qu’en 2014. « C’est l’équivalent de trois universités » en termes d’effectifs, a reconnu ce mercredi le secrétaire d’Etat chargé de l’Enseignement supérieur, Thierry Mandon sur iTélé.

Un « diplôme protecteur sur le marché du travail »

Une augmentation due à la démocratisation de l’enseignement supérieur, mais aussi à la peur de la crise, selon la ministre de l’Education, Najat Vallaud-Belkacem : « En période de chômage, les jeunes ont tendance à prolonger leurs études car ils savent que le diplôme est protecteur sur le marché du travail », a-t-elle indiqué lors de la conférence de la rentrée étudiante ce mercredi.

Par ailleurs, « les universités sont redevenues attractives », a-t-elle assuré. Le fait que les frais d’inscription soient peu élevés à la fac explique aussi que beaucoup d’étudiants privilégient cette voie pour épargner à leurs parents des coûts plus élevés dans des établissements privés.

Certaines filières au bord de l’implosion

Reste que les universités, en proie à des problèmes budgétaires, ont du mal à gérer ce flux d’étudiants. « Cela fait trois ans que l’on pousse les murs, on arrive à la limite de l’exercice et je ne sais pas comment on va s’en tirer cette année », avoue Jean-Loup Salzmann, président de la Conférence des présidents d’université (CPU). Du coup, au cœur de l’été, 7.500 étudiants étaient encore sans affectation. « Aujourd’hui, ils ne sont plus qu’une centaine », a affirmé ce mercredi Najat Vallaud-Belkacem.

La situation a été particulièrement tendue dans quatre filières : droit, sciences et techniques des activités physiques et sportives (Staps), psychologie et première année d’études de santé (Paces). « Certains étudiants ont dû s’inscrire dans une université plus loin que chez eux pour suivre la filière qu’ils visaient », indique Jean-Loup Salzmann. Mais d’autres n’ont pas pu obtenir leur premier choix et ont été orientés par défaut dans des filières moins prisées. « Ce qui prédit un taux d’échec plus important en fin d’année », assure William Martinet, président de l’Unef. « Pour dissuader les étudiants de s’inscrire dans certaines filières, certaines universités ont aussi mis en place des tests de sélection, pourtant illégaux », ajoute Alexandre Leroy, le président de la Fage.

Des conditions d’études dégradées

« Pour pouvoir anticiper cette hausse des effectifs, les universités auraient dû créer des postes d’enseignants en licence. Or, avec des moyens en baisse, elles n’ont pas pu le faire », souligne William Martinet, président de l’Unef. D’autant qu’en 2015, elles ont subi un prélèvement de 100 millions d’euros sur leur trésorerie de la part du gouvernement.

Pour assurer la rentrée, les présidents d’universités ont dû faire de sérieux arbitrages budgétaires : « On a reporté une partie des investissements (réfection de locaux, mise en sécurité des bâtiments…), supprimé certaines formations qui accueillaient peu d’étudiants… », explique Jean-Loup Salzmann.

Des étudiants ont été admis dans des filières au-delà des capacités d’accueil. D’où des salles de TD surchargées en ce mois de septembre. « Or on sait qu’au-delà de 40 élèves en TD, il n’y a aucune interaction possible entre étudiants et enseignants », souligne William Martinet. L’Unef ouvrira d’ailleurs lundi un blog réunissant des photos d’amphis et de salles de TD bondées. Du coup, certaines facs ont remplacé certains cours par des séances en visioconférence.

Du système D pour colmater les brèches, mais qui ne suffira pas l’an prochain, où une nouvelle hausse des étudiants est attendue. « La situation de toutes les universités françaises est explosive », déclare Jean-Loup Salzmann. Reste à savoir si le budget 2016 de l’enseignement supérieur en tiendra compte. « Nous craignons qu’il soit amputé de 300 millions d’euros ce qui serait une catastrophe », prévient le président de la CPU.