Nîmes: Acquittés, deux hommes réclament 6 millions d'indemnisation à l'Etat

JUSTICE Abdlekader Azzimani et Abdelrrahim El Jabri avaient été condamnés à 20 ans de réclusion pour homicide...

20 Minutes avec agence

— 

Code pénal au tribunal (illustration)
Code pénal au tribunal (illustration) — 20 MINUTES/SIPA

Ils viennent de bénéficier d’une annulation du jugement par la cour de révision puis d’un acquittement. Abdlekader Azzimani, 50 ans, et Abdelrrahim El Jabri, 49 ans, condamnés le 25 juin 2004 à 20 ans de réclusion pour le meurtre d’un dealer*, sont donc libres. Et tous deux ont choisi de réclamer, ce mardi, quelque 6 millions d’euros d’indemnisation à l’Etat.

A l’audience devant la cour d’indemnisation de Nîmes, l’avocate de l’État, soutenue par l’avocat général Dominique Tourette, a proposé 240.000 euros à Abdlekader Azzimani, qui a effectué 11 ans et 7 mois de détention et qui demande 2,945 millions d’euros. Sa consœur a proposé 270.000 euros à Abdelrrahim El Jabri, qui a passé 13 ans et 3 jours derrière les barreaux et qui réclame 3,184 millions d’euros de dédommagement.

Apporter la preuve d’un préjudice pour les familles

« Le degré d’une civilisation se mesure à sa capacité à reconnaître ses erreurs et à les réparer totalement », a plaidé Me Jean-Marc Darrigade, soulignant la douleur de son client Abdelrrahim El Jabri et de toute sa famille.

Marc Machin : L’État sera-t-il condamné à lui verser deux millions d’euros ?

Pour l’Etat, qui estime que les deux hommes n’apportent pas la preuve d’un préjudice pour leur famille, le dédommagement doit être minoré en raison de la personnalité des deux hommes, condamnés à six ans de prison pour trafic de stupéfiants alors qu’El Jabri a deux autres condamnations à son casier judiciaire. De fait, « s’il y a effectivement eu un préjudice », l’avocat général a réclamé que la cour déduise le nombre de jours de prison effectués au titre de la condamnation infligée pour le trafic de stupéfiants, soit 2.196 jours.

« J’ai un sentiment d’écœurement, de dégoût »

« Je trouve la position de l’Etat honteuse. La justice continue à être aveugle, elle devrait avoir honte d’elle », a réagi Abdlekader Azzimani. « C’est inhumain, irrespectueux. Il y a beaucoup de mépris. J’ai un sentiment d’écœurement, de dégoût. On nous dit que notre famille n’a pas souffert : c’est une insulte. Mon père est décédé dans la souffrance », a lâché, de son côté à la sortie de l’audience, Abdelrrahim El Jabri.

En février, a souligné Me Darrigade, cette audience en indemnisation avait dû être reportée car l’avocat de l’agent judiciaire du trésor ne trouvait plus trace de la détention de 13 ans d’Abdelrrahim El Jabri. Et de constater que, ce mardi, le casier judiciaire de son client « portait toujours la mention de la condamnation ».

Les neuvième et dixième condamnés depuis 1945 à obtenir un acquittement 

Pour rappel, la cour de révision avait annulé le 15 mai 2013 la condamnation d’Abdlekader Azzimani et Abdelrrahim El Jabri, et le 3 juillet 2014, les deux hommes devenaient les neuvième et dixième condamnés depuis 1945 à obtenir un acquittement au terme d’une procédure en révision.

En 2012, Loïc Sécher avait reçu, lui, 797.352 euros, la plus importante indemnité accordée à un ancien détenu, pour sept ans et trois mois d’incarcération à la suite d’une condamnation, en 2003, à 16 ans de réclusion pour le viol d’une adolescente qui s’était rétractée. Ce mardi, à l’issue de l’audience, le jugement de « l’affaire Azzimani - El Jabri » a été mis en délibéré au 17 novembre. Il est ensuite susceptible d’appel devant la commission nationale d’indemnisation à Paris.

*Les deux hommes avaient été condamnés par la Cour d’appel de Perpignan pour le meurtre d’Abdelaziz Jhilal, dit « Azzouz ». Celui-ci avait été sauvagement tué, à 22 ans, le 21 décembre 1997, de 112 coups de couteau. Abdlekader Azzimani et Abdelrrahim El Jabri ont toujours clamé leur innocence.