Pourquoi l'enseignement moral et civique fait déjà polémique

EDUCATION Des éléments du programme, des ressources pédagogiques provenant du ministère et certaines modalités pédagogiques font débat...

Delphine Bancaud

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Illustration d'un journal école du collège Flavien de Paris à l'occasion de la semaine de la presse et des médias à l'école.
Illustration d'un journal école du collège Flavien de Paris à l'occasion de la semaine de la presse et des médias à l'école. —

A peine né, déjà contesté. L’enseignement moral et civique (EMC) qui arrive à cette rentrée dans les établissements pour être dispensé à tous les élèves, du CP à la terminale a déjà des détracteurs. Le ministère de l’Education a publié il y a quelques jours des ressources pédagogiques sur le site Eduscol, afin d’aider les enseignants à mettre en œuvre ce nouvel enseignement. Mais comme le révélait ce mardi RTL, certaines de ces fiches font déjà polémique.

Les suggestions du ministère sur le travail des stéréotypes sexistes en 3 eme font notamment débat. Les élèves sont invités à identifier les caractéristiques « masculines » et « féminines » de personnages comme Billy Elliott ou des femmes au pouvoir comme (Angela Merkel, Laurence Parisot). « Une aberration » pour Jean-Remi Girard, vice président du Snalc (syndicat d’enseignants secondaire) : « Je crois surtout que cet exercice va conforter les stéréotypes sexistes », déclare-t-il à 20 Minutes.

« C’est tout sauf un soutien »

Même si cette fiche n’est qu’une proposition d’exercice que les enseignants sont libres de reproduire ou pas, le syndicaliste estime qu’elle est loin d’être anodine : « C’est un document officiel présenté comme un modèle venant en aide aux enseignants qui découvrent ce nouvel enseignement. Or, c’est tout sauf un soutien », renchérit-il. Un avis que conteste Christian Chevalier, secrétaire général du SE-Unsa : « Cette polémique n’a pas lieu d’être. Ce document est un appui pédagogique que les enseignants sont libres de prendre ou pas. D’autre part, il est important que les élèves expriment les stéréotypes de genre afin qu’ils puissent les analyser ensuite ».

Rentrée scolaire : A quoi va ressembler l’enseignement moral et civique ?

Interrogé par 20 Minutes, le ministère de l’Education évoque quant à lui « une polémique stérile ». « L’unique objectif de cet exercice est de prendre conscience des stéréotypes que nous pouvons avoir afin de les nuancer et de les questionner », précise-t-il. Pour éteindre l’incendie, le ministère a d’ailleurs précisé dans les fiches ce mardi les fonctions d’Angela Merkel et de Laurence Parisot.

Les modalités pédagogiques de l’EMC ne font pas l’unanimité

Mais ce n’est pas le seul point qui fâche dans l’EMC. Le programme en 3 eme prévoit aussi une séance sur la thématique « Se doper est-il tricher ? », qui décontenance certains enseignants. « Celle-ci est censée durer 4 heures et se dérouler sous forme de débat. Je ne vois pas ce que ça va apporter aux élèves en termes de contenu. C’est pédagogiquement nul », insiste Jean-Remi Girard. Ce que conteste Christian Chevalier : « Il s’agit d’une vraie question éthique. D’ailleurs, il n’y a qu’à voir le nombre de lycéens qui prennent des cachets au moment du bac. Le Snalc cherche vraiment la petite bête », estime-t-il.

Autre critique adressée à l’EMC par certains enseignants : il est censé faire la part belle aux débats et aux jeux de rôle. Des modalités pédagogiques qui ne convainquent pas tous les enseignants : « On craint que l’EMC ne soit pas perçu comme un vrai enseignement par les élèves, mais plutôt comme un moment de discussion de type café du commerce », déclare Jean-Remi Girard. A contrario, Christian Chevalier estime que « l’EMC est l’occasion d’enseigner autrement. Ce n’est plus le prof qui assène son cours, mais c’est un échange. Et d’ailleurs, l’enquête Pisa de l’OCDE indique bien que nos élèves ne savent pas s’exprimer. C’est l’occasion de les y aider ». A croire que l’EMC est devenu le nouveau sujet clivant chez les enseignants…