Réouverture de l’enquête Boulin: «Il faut tout remettre à plat», explique sa fille

INTERVIEW Fabienne Boulin  la fille du ministre mystérieusement décédé en 1979, attend toujours que la justice lève les zones d'ombre…

Propos recueillis par William Molinié
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Fabienne Boulin se bat depuis 1979 pour « l'honneur » de son père.
Fabienne Boulin se bat depuis 1979 pour « l'honneur » de son père. — IBO / SIPA

Voilà bientôt 37 ans que Fabienne Boulin attend de connaître la vérité au sujet de son père, l’ancien ministre décédé mystérieusement à 59 ans dans la forêt de Rambouillet (Yvelines). Version officielle ? L’homme s’est suicidé après avoir été mis en cause dans une affaire immobilière à Ramatuelle (Var). Sauf que sa fille est persuadée qu’il a été assassiné. Pour appuyer ses propos, une série d’incohérences et des zones d’ombre qui forcent raisonnablement à suspecter une affaire d’Etat.

La justice vient d’ouvrir une enquête pour « enlèvement et séquestration ». Comment avez-vous reçu cette nouvelle ?

Avec beaucoup de joie, évidemment. Nous en sommes à un moment décisif dans l’affaire Boulin. La prescription se rapprochait à grand pas. Il fallait avant janvier 2017 redynamiser le dossier. Nous avions déposé plainte à nouveau en mai dernier. Et un nouveau juge d’instruction a été nommé. Il va enquêter sur un nouveau chef.

Quels éléments nouveaux comptez-vous apporter dans la procédure ?

Un témoin très important, qui assure être prêt à déposer devant le juge, dit qu’il a vu Robert dans une voiture à un croisement quelques heures avant sa mort. Il était accompagné de deux personnes. A ce moment-là, il n’avait aucun rendez-vous. Cela remet complètement en cause la thèse du suicide.

Qu’attendez-vous de cette enquête ?

Qu’elle remette tout à plat. On voit bien qu’il y a une manipulation dès le départ. Raymond Barre reçoit un coup de fil à 2h et dit qu’on l’a informé de la mort de Robert. Alors que la découverte officielle du cadavre par les gendarmes n’est enregistrée que vers 9h. Par ailleurs, le procureur a bien vu qu’il avait une tête de boxeur. Aucune autopsie n’a été pratiquée. L’enquête était biaisée dès les premières heures.

La fille de Robert Boulin veut relancer l'enquête sur la mort de son père

Voilà bientôt 37 ans que vous attendez de connaître la vérité. Avez-vous songé parfois à abandonner ?

Je me suis posé des questions au sujet de mon mari, de mes enfants. C’est lourd de porter ça sur ses épaules pour une fille. J’ai tenu grâce à eux. Mais j’ai toujours évité d’être une obsédée de l’affaire Boulin. J’aime la vie et j’arrive à m’en détacher. Mes amis veulent que je parle d’autre chose. Puis, il y a eu des moments de pause, aussi, pour me ressourcer.