Procès des parents de Bastien: Le père, un homme «immature», «égocentrique» et «impulsif»

JUSTICE Les experts auditionnés ce jeudi par la cour d’assises de Seine-et-Marne ont unanimement nié toute forme de maladie mentale ou de psychose chez Christophe Champenois...

Hélène Sergent

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Accusé d'avoir tué son fils en l'enfermant dans un lave-linge qu'il avait fait tourner, le père du petit Bastien jugé aux côtés de son ex-femme
Accusé d'avoir tué son fils en l'enfermant dans un lave-linge qu'il avait fait tourner, le père du petit Bastien jugé aux côtés de son ex-femme — Philippe Huguen AFP

Christophe Champenois est-il pleinement responsable de la mort de son fils ? Depuis l’ouverture mardi de ce procès hors-norme, par les faits qui sont reprochés aux parents du petit Bastien, tué dans une machine à laver mise en route, leur responsabilité ne cesse d’être questionnée. Si l’audition tardive, mercredi soir, de Christophe Champenois n’a pas permis d’éclairer la cour sur le déroulé des faits – il assure ne se souvenir de rien – les expertises détaillées de trois psychiatres ont toutes décrit un homme sain d’esprit aux troubles de la personnalité nombreux.

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« Immature, égocentrique et impulsif »

Lunettes carrées vissées sur le nez, Vincent Mahe, médecin psychiatre, est le premier à s’exprimer à la barre : «Sur le plan psychiatrique, il est indemne de toute maladie mentale», précise, dès le début de son audition, le docteur. Suivi psychologiquement dès 2005, Christophe Champenois a longtemps insisté ces deux derniers jours sur la douleur provoquée par le décès de son père, alcoolique, à l’âge de 7 ans. Atteint d’un méningiome, tumeur bénigne du cerveau, le père de Bastien a subi deux opérations en 2004 et en 2010. Pour autant, les expertises réalisées concordent : « La maladie ne crée pas des comportements fous ou absurdes. Ça aurait pu au contraire éventuellement l’en empêcher », précise Vincent Mahe.

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Une fois l’hypothèse d’une altération de son comportement, liée à sa maladie, écartée, les médecins se sont penchés sur la personnalité trouble de Christophe Champenois. Une fois encore, les analyses disent la même chose : le père de Bastien est jugé immature, têtu, égocentrique et susceptible. « Son mode relationnel est binaire : soit on le sert, comme sa femme, soit on est en conflit, comme Bastien », avance le docteur Mahe. Roland Coutanceau, expert psychiatre intervenu par visioconférence, va dans le même sens : « Dans sa subjectivité, il se vit défier par cet enfant, il n’obéit pas, il pense que l’enfant fait exprès, il y a une espèce de rage vis-à-vis de ce garçon ».

Une amnésie défensive

Physiquement, le père était donc capable de placer Bastien dans la machine. Pourquoi alors répéter inlassablement qu’il ne souvient de rien en ce qui concerne ce geste précis ? Pour les médecins, il peut s’agir d’une forme « d’amnésie défensive ». Roland Couteanceau explique : « Il peut s’en souvenir mais il ne veut pas s’en souvenir. Quand on gomme, on empêche notre mémoire de s’appesantir ! En déclarant « je ne me souviens pas », on évite d’être confronté au déroulé et aux détails de l’acte. Or le diable est souvent dans les détails… ».

Capable de ce geste, le père avait-il conscience des conséquences dramatiques de son acte ? Là les expertises diffèrent légèrement. Pour le docteur Mahe, la réponse est oui : « Il est impossible qu’il n’ait pas conscience de la souffrance et des dégâts que peut causer un traitement pareil ». Une affirmation que Roland Coutanceau a tenu à nuancer, favorisant l’hypothèse d’un excès de rage : « Je ne suis pas dans sa tête mais la maltraitance est d’expérience souvent plus bête et moins organisée ». Mercredi, lors de sa déclaration, Charlène Cotte a pourtant insisté : « Quand il était dans la salle de bains avec Bastien, il voulait en finir (…) c’était la dernière chose qu’il voulait : qu’il meurt ».

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