Procès des parents de Bastien: Une mère «passive» et un père qui boit, absent et violent

JUSTICE Les parents du petit Bastien, 3 ans, décédé après avoir été enfermé dans un lave-linge, ont tous les deux témoigné…

Hélène Sergent

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La mère de Bastien est jugée jusqu'à vendredi 11 septembre aux assises de Melun pour complicité de meurtre à l'encontre de son fils, Bastien.
La mère de Bastien est jugée jusqu'à vendredi 11 septembre aux assises de Melun pour complicité de meurtre à l'encontre de son fils, Bastien. — BENOIT PEYRUCQ / AFP

Les cheveux tirés en arrière, entièrement vêtue de noir, la mère de Bastien, décédé le 25 novembre 2011 après être resté enfermé dans un lave-linge, peine à décrocher son regard du sol. « Regardez-moi dans les yeux », tente vainement la présidente du tribunal. A l’occasion de l’ouverture du procès du père et de la mère de l’enfant, respectivement accusés d’avoir tué Bastien et de s’être rendue complice de ce meurtre, la cour a tenu à les écouter longuement tous les deux.

« J’étais heureuse, jusqu’à ce que Bastien arrive au monde »

« Je suis née dans une famille soudée, mes parents m’aimaient », décrit la jeune femme aujourd’hui âgée de 29 ans. Sixième d’une famille de huit enfants, elle quitte le domicile familial à 18 ans pour emménager avec son concubin, de huit ans son aîné. L’environnement familial précaire qu’elle laisse alors derrière elle -cinq de ses frères ont été placés- ne semble pas l’avoir heurtée.

« J’étais heureuse, jusqu’à ce que Bastien arrive au monde », murmure la mère au foyer, remise en liberté après trois années passées en détention. Déjà mère d’une petite fille, elle nie sa seconde grossesse jusqu’au jour de l’accouchement. « Mais après, quand il est arrivé, je l’ai accepté, je l’aimais », assure l’accusée.

Celle que ses proches décrivent comme « passive » voit en son conjoint, qu’elle appelle « Monsieur » tout au long de l’audience, une figure de « grand frère ». « Dans le couple, c’était moi qui prenais les décisions » affirme d’une voix pâteuse cet homme, seul dans le box des accusés. Une ascendance qui passe également par la violence, verbale et physique, et qui lui a valu une condamnation en 2010. Par « peur » et « pour les enfants », la femme accepte tout, y compris les relations extraconjugales que son concubin entretient dans l’appartement familial et les maltraitances répétées à l’encontre de Bastien.

Un enfant turbulent

Diserts quant à leurs enfances respectives, tous deux manquent de mots lorsqu’il s’agit d’évoquer ce fils, « mort en martyr » selon les associations de protection de l’enfance qui se sont constituées parties civiles. « Il était blond, un peu rond. Il a mis du temps à marcher, à parler. Il faisait des bêtises pour se faire remarquer, c’était son moyen de communiquer », décrit la mère. Le père, après avoir éclaté en sanglots dès sa première prise de parole, se souvient d’un enfant « potelé, au double caractère : sage chez les autres et faisant des bêtises à la maison ».

L’homme, qui a longtemps enchaîné les boulots de chauffeur-livreur et de cariste, se décrit lui-même comme un papa « d’extérieur », comprendre un père absent à la maison, qui boit en conséquence, fume du cannabis, mais qui assure être présent lorsque la famille quitte l’appartement exigu et insalubre de Germigny-L’Evêque (Seine-et-Marne). Atteint d’un méningiome qui provoque chez lui des sautes d’humeur et des crises d’épilepsie, l’accusé dit ne se souvenir « de rien » de cette journée du 25 novembre 2011.

C’est la fille aînée, alors âgée de 5 ans, qui explique aux gendarmes que « Papa a mis Bastien dans la machine à laver car il fait des bêtises à l’école ». La fillette explique également lors de son audition que sa mère « faisait un puzzle avec elle dans le salon pendant qu’on entendait Bastien crier, hurler » dans la machine à laver. Les visages des parents se ferment, se figent lors du témoignage du médecin légiste. « Le mouvement du tambour et la force centrifuge de la machine a probablement provoqué une perte de connaissance rapide. Le décès est lié à une déchirure au niveau des poumons », a notamment indiqué l’expert.

Suivis depuis 2006 par la Maison départementale des solidarités, les parents avaient reçu la visite d’une assistante sociale quatre jours avant le drame. « Le couple évolue favorablement » aurait été inscrit dans le dossier familial. Le verdict est attendu vendredi soir.