Fessenheim: Le casse-tête du démantèlement d’une centrale nucléaire

ENERGIE L’arrêt de la production est relativement simple, contrairement au désossage du réacteur…

W.M.

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La centrale nucléaire Fessenheim, le 9 avril 2013
La centrale nucléaire Fessenheim, le 9 avril 2013 — SEBASTIEN BOZON AFP

Une seule centrale nucléaire dans le monde a été complètement démantelée. Elle se trouve aux Etats-Unis, sur la presqu’île de Bailey dans l’Etat du Maine. Autant dire que les points de comparaison sont faibles pour évaluer le coût et la durée du démantèlement d’un site nucléaire. En l’occurrence celui de Fessenheim.

La fermeture a de la doyenne des centrales françaises a de nouveau été reportée à 2018 alors que François Hollande avait promis de la fermer d’ici à 2017.

Est-ce compliqué d’arrêter une centrale ?

« C’est l’affaire de quelques semaines, voire de quelques mois. Techniquement parlant, ce n’est pas un problème majeur. On le fait régulièrement quand on change de combustible par exemple », assure-t-on au sein du Réseau Sortir du nucléaire. A l’inverse, c’est le démantèlement qui semble compliqué. Désosser le réacteur est une opération délicate. Car après quarante ans de production d’électricité par la fission de l’atome, tous les matériels sont irradiés. Il faut éviter la contamination des travailleurs puis enfermer très soigneusement les déchets pour éviter de contaminer l’environnement.

Combien de temps pour démanteler une centrale ?

En 2014, plus d’une trentaine d’installations nucléaires étaient « en phase de mise à l’arrêt définitif et de démantèlement », soutient l’autorité de sûreté nucléaire (ASN) sur son site Internet. Mais les chantiers ne sont pas près d’être achevés : 2020 pour Chooz, 2025 pour Brennilis, 2028 pour Creys-Malville et entre 2035 et 2040 pour Bugey, Saint-Laurent et Chinon.

Combien ça coûte ?

Très cher. Il revient à EDF de supporter les coûts de déconstruction. Pour les neuf réacteurs en cours de désossage, l’électricien aurait provisionné deux milliards d’euros. Ce qui serait sous-estimé selon la Cour des comptes qui a assuré dans son dernier rapport qu’EDF devrait prévoir des fourchettes plus larges. Les Anglais et les Allemands envisagent des coûts jusqu’à cinq fois supérieurs.

Et c’est sans compter les cinq milliards d’euros d’indemnités réclamées par EDF à l’Etat au titre de la fermeture de la centrale. Ségolène Royal a jugé « sans fondement » ce chiffre. Enfin, il va falloir reclasser les 2.000 employés, dont aucun ne sera laissé sans emploi, s’était engagé François Hollande.

Pourtant, c’est un marché porteur…

Dans les vingt prochaines années, environ 300 réacteurs devront être démantelés dans le monde. Autant dire que la France a tout intérêt à faire ses preuves sur ce marché très juteux. Si à terme, le démantèlement va se perfectionner, il va aussi falloir trouver des solutions pour stocker les matériels et les liquides radioactifs. Et dans ce domaine, personne n’a encore trouvé la solution 100 % fiable et sécurisée.