Comment la France s’organise pour accueillir 24.000 réfugiés en deux ans et un millier dans l’urgence

CRISE DES MIGRANTS Le gouvernement compte sur le volontariat des collectivités pour absorber l’afflux de réfugiés...

William Molinié

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Des familles de migrants à leur arrivée le 6 septembre 2015 à la gare de Munich en Allemagne
Des familles de migrants à leur arrivée le 6 septembre 2015 à la gare de Munich en Allemagne — CHRISTOF STACHE AFP

Vingt-quatre mille réfugiés au cours des deux prochaines années. Mille très rapidement, arrivés fraîchement en Allemagne le week-end dernier. Le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, a nommé un « coordinateur national », Kléber Arhoul, afin d’organiser l’accueil de ces nouveaux migrants.

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Combien seront-ils ? Comment et où seront-ils regroupés ? Une ville pourra-t-elle choisir les réfugiés qu’elle accueille ? Quelques questions pour comprendre comment les services de l’Etat s’organisent afin de faire face à la crise.

  • A quoi va servir le nouveau « coordinateur national » ?

Son rôle est d’organiser l’accueil des migrants dans les différentes villes et collectivités locales qui se sont manifestées ces derniers jours. « C’est sur la base du volontariat. Chaque collectivité envoie son offre sur une boîte mail mise à disposition par le ministère », précise auprès de 20 Minutes une source Place Beauvau. Le nombre de candidats n’est pas encore connu. Mais on sait que les villes de Paris, Bordeaux, Lyon, Pau, Villeurbanne, Avignon, Poitiers, Besançon, Evry, Rouen, Strasbourg, Metz, Lille ou encore Blois se sont portées volontaires. Une réunion de travail est prévue ce samedi entre les maires concernés et le ministre de l’Intérieur.

  • L’Etat a-t-il les moyens d’organiser la venue de 24.000 réfugiés en deux ans ?

Le gouvernement compte sur les villes volontaires pour absorber l’afflux de migrants. Mais, assure un conseiller du ministre de l’Intérieur, « une partie des 24.000 places existent déjà grâce à la réforme de l’asile qui a permis de désengorger le parcours du demandeur d’asile ». Le plan migrant adopté en juin dernier a prévu la création de centres d’accueil. Un demandeur d’asile attend désormais neuf mois pour savoir s’il est considéré comme réfugié politique. Contre deux ans, avant la réforme. « Nous serons capables de faire baisser ce chiffre à deux mois pour les 24.000 réfugiés désignés par Bruxelles car un premier filtre aura été fait par le bureau européen de la ville », poursuit-on dans l’entourage du ministre. Une procédure accélérée sera mise en place, assure-t-on.

  • La France pourra-t-elle choisir les réfugiés qu’elle accueillera ?

Concernant les 24.000 réfugiés en deux ans, l’Europe désignera les candidats à l’asile en France. Ils seront sélectionnés uniquement sur la base du droit d’asile. Ce qui signifie que leur pays d’origine sera primordial. Autrement dit, un Erythréen aura plus de chance de passer le filtre européen qu’un Sénégalais. Concernant les mille réfugiés arrivés ce week-end en Allemagne, et que François Hollande a proposé d’accueillir dans l’Hexagone, des enquêteurs de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) travaillent déjà à pied d’œuvre à Munich pour « sélectionner » les candidats à l’asile. « Uniquement des Syriens, Irakiens et Erythréens, c’est-à-dire des personnes en urgent besoin de protection », a précisé Bernard Cazeneuve.

Le maire de Roanne, Yves Nicolin (Les Républicains), s’est dit prêt à accueillir des réfugiés, mais « à la condition qu’ils soient des réfugiés chrétiens » par crainte d’attentats. Une sélection qui ne sera pas possible, a rappelé le Préfet de la Loire, l’accueil des réfugiés ne pouvant se faire de manière discriminante, en fonction de la religion.

  • Où vont-ils loger ?

Le gouvernement compte sur les villes volontaires pour trouver des logements d’urgence mais aussi pérennes, compte tenu du fait que « 99.9 % des 24.000 migrants attribués à la France par l’Europe obtiendront sans doute le droit d’asile », fait-on remarquer Place Beauvau. Par ailleurs, « l’Etat transformera des bâtiments en logements », indique-t-on.