Servier publie l'état des indemnisations des victimes du Mediator

SANTE Son président, Olivier Laureau, s’est également défendu dans une lettre ouverte de «chercher à en retarder le processus» après de récentes accusations en ce sens...

B.D. avec AFP

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Une boîte de Mediator, des laboratoires Servier.
Une boîte de Mediator, des laboratoires Servier. — VALINCO/SIPA

Le laboratoire Servier a publié sur Internet l’état des indemnisations des victimes du Mediator et son président s’est défendu dans une lettre ouverte diffusée ce lundi de « chercher à en retarder le processus » après de récentes accusations en ce sens.

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Sur 8.800 demandes d’indemnisations de patients déposées à l’Office national d’indemnisation des accidents médicaux (Oniam), 5.701 demandes ont été examinées par des experts de l’Office et la responsabilité de Servier a été mise en cause pour 1.942, selon des chiffres actualisés au 31 août. Jusqu’à présent le laboratoire a proposé 1.282 offres d’indemnisation, parmi lesquelles 753 ont été acceptées par les patients, 485 sont en attente d’une réponse de leur part, et 44 ont été refusées par les victimes, qui peuvent alors notamment s’adresser à l’Oniam.

« Manifeste des 30 »

Sur 37 demandes de substitution présentées à l’Oniam, l’Office en a rejeté 26 pour lesquelles il a jugé que l’offre initiale de Servier était « conforme » à son avis, mais va devoir se substituer à Servier pour les 11 autres demandes, a confirmé ce lundi Erik Rance, le directeur de l’Oniam. Dans l’un de ces cas, Servier a dépassé le délai de trois mois pour formuler une offre d’indemnisation, « ce qui équivaut à un rejet », a expliqué Erik Rance. Dans 3 autres cas, l’offre du laboratoire a été jugée « manifestement insuffisante » par l’Oniam, et pour les 7 derniers cas, de nouveaux éléments de dossiers ont obligé l’Oniam à annuler leur rejet initial, a-t-il poursuivi.

Fin août 30 personnalités du monde médical et de la société civile avaient publié un manifeste dénonçant une « guérilla judiciaire » de Servier pour retarder à la fois les procédures pénales et les demandes d’indemnisation des victimes du Mediator. Ce texte, qui appelle aussi les professionnels de santé à reconsidérer leurs liens avec Servier en raison d’une attitude jugée « contraire à l’éthique scientifique et pharmaceutique », a été depuis signé par près de 6.900 personnes, selon un décompte lundi après-midi.

« Un sens aigu du devoir et des responsabilités »

« Nous ne cherchons pas à retarder le processus » de l’indemnisation des victimes du Mediator, a insisté le président de Servier, Olivier Laureau, dans sa lettre ouverte aux signataires du « Manifeste des 30 ». « Bien au contraire, les équipes de Servier et leurs conseils traitent sans discontinuer l’ensemble des dossiers avec un sens aigu du devoir et des responsabilités », a encore fait valoir Olivier Laureau. Quant aux données chiffrées des procédures d’indemnisation, elles seront désormais « régulièrement actualisées » sur le site du groupe, a-t-il assuré.

Le Mediator, prescrit pendant 30 ans jusqu’en 2009, d’abord contre l’excès de graisses dans le sang, puis comme traitement adjuvant pour les diabétiques en surpoids, est à l’origine de graves lésions des valves cardiaques. Il pourrait être responsable à long terme de 2.100 décès, selon une expertise judiciaire. L’enquête est terminée depuis avril 2014 mais il n’y a pas de date de procès fixée à ce jour, en raison de plusieurs recours de Servier concernant la procédure.