Réfugiés: Accueillir des demandeurs d'asile chez soi, est-ce si simple?

SOLIDARITE Les dispositifs d’accueil de réfugiés à domicile se sont multipliés ces dernières semaines. Si la démarche semble simple, les écueils à éviter sont nombreux…

Hélène Sergent

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Samedi 5 septembre, plusieurs centaines de personnes étaient rassemblées place de la République à Paris en faveur de l'accueil des réfugiés, notamment syriens.
Samedi 5 septembre, plusieurs centaines de personnes étaient rassemblées place de la République à Paris en faveur de l'accueil des réfugiés, notamment syriens. — FRANCOIS GUILLOT / AFP

L’accentuation, la médiatisation de la crise migratoire puis la publication de la photo d’Aylan, cet enfant syrien âgé de 3 ans, dont le corps sans vie a été retrouvé sur une plage turque, ont heurté l’opinion publique et la société civile qui tentent peu à peu d’apporter des solutions alternatives. Parmi ces initiatives, l’accueil à domicile de réfugiés ou demandeurs d’asile, tend à se démocratiser. Pour autant, les acteurs associatifs se veulent prudents. Pour que cet hébergement, même de courte durée, se déroule dans de bonnes conditions, une préparation doit en effet impérativement se faire en amont.

« Comme une colocation »

Alice Barbe, cofondatrice de l’association Singa, à l’origine du projet CALM (Comme à la maison), se veut rassurante : « C’est exactement comme une colocation. Si besoin, les deux parties peuvent signer une charte, élaborée avec des juristes. Les volontaires se posent beaucoup de questions, notamment en matière d’assurance et de légalité ». Si les propositions ne manquent pas - « Nous recevons environ 700 demandes par jour », assure la bénévole - ces « colocataires », réfugiés aux parcours migratoires très différents, sont souvent dans une phase de reconstruction parfois difficile à appréhender et à accompagner.

Héberger un réfugié à domicile : est-ce légal ?

Le dispositif développé par Singa laisse une certaine liberté aux réfugiés et aux bénévoles, si aucune durée de séjour n’est imposée et aucune participation financière obligatoire n’est exigée aux réfugiés, tout doit cependant être spécifié et décidé par les deux parties avant l’emménagement. Autre particularité du projet, les personnes hébergées sont des réfugiés statutaires, c’est-à-dire déjà reconnus par l’OFPRA.

 

Depuis le lancement du projet, des réunions d’information sont organisées afin de répondre aux questions des participants. « On met l’accent sur la dimension interculturelle et on essaie d’entretenir le contact pendant toute la durée de l’hébergement », conclue Alice Barbe.

Une coordination nécessaire

Mais les acteurs « historiques » du secteur sont plus réservés. Pierre Henry, directeur général de France Terre d'Asile, association créée en 1971, salue l’élan de solidarité mais appelle à une action coordonnée par l’Etat : « Accueillir un réfugié de guerre n’a rien à voir avec l’accueil, pendant 48 heures, d’habitants dans le cas d’inondations par exemple. La générosité peut rapidement s’épuiser ».

Ces risques et dégâts collatéraux, Paul de Montgolfier, directeur de Jésuites Réfugiés Services les expérimentent depuis six ans avec la création du réseau « Welcome », qui permet d’accueillir chez soi un demandeur d’asile. Des règles précises ont été établies : « Nous connaissons toutes les familles et les réfugiés, cela prend du temps et c’est pour cela que nous ne voulons pas instaurer un accueil à domicile à grande échelle. Nous essayons de les mettre en relation en fonction de leurs modes de vie, de leurs affinités et l’hébergement excède très rarement un mois. Il s’agit d’une solution temporaire, le temps que leur demande d’asile soit traitée ».

Discrétion et émancipation 

Au-delà des affinités personnelles, le jésuite insiste sur les dimensions psychologique et émotionnelle induites dans la démarche : « Il faut faire attention à ce que l’investissement émotionnel ne soit pas trop fort. Les familles ne sont pas là pour régler toutes les difficultés des réfugiés. Quand elles s’impliquent trop, le départ peut être très mal vécu par les uns et les autres ».

Réflexe fréquent chez les accueillants, la tentation de trop en savoir, de faire « parler » le réfugié de son parcours, de son passé. « Certains drames sont indicibles, la confiance peut mettre du temps à s’installer », prévient le bénévole. Les différences culturelles peuvent également créer une incompréhension mutuelle. Pour pallier cet éventuel malaise, des rendez-vous réguliers sont organisés en amont. 

Dernière règle à respecter, aucun frais d’alimentation ou d’habillement ne peut être avancé par celles et ceux qui hébergent les demandeurs d’asile, qui doivent subvenir eux-mêmes à leurs besoins quotidiens.

Si le mode de fonctionnement des jésuites diffère de celui instauré par Singa, Paul de Montgolfier a tenu à faire part de ses craintes à l’association: « Que va-t-il se passer lorsque cet élan de générosité se retrouvera confronté à la dure réalité? Si l'expérience est menée auprès d’un trop grand nombre de familles, il pourrait y avoir des ratés, des hébergements qui se passent mal. Cela discréditerait l’ensemble de ce système d’accueil ».