Le journaliste soupçonné d'avoir fait chanter le roi du Maroc conteste devant le juge toute «intention de chantage»

JUSTICE Eric Laurent a contesté devant le juge ce vendredi

20 Minutes avec AFP
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Le journaliste français Eric Laurent a été mis en examen pour chantage présumé.
Le journaliste français Eric Laurent a été mis en examen pour chantage présumé. — AFP

Un des journalistes soupçonnés d'avoir voulu extorquer de l'argent au Maroc en l'échange de l'abandon d'un projet de livre, a contesté devant le juge toute «intention de chantage», a appris vendredi l'AFP de source proche du dossier. Comme sa consoeur Catherine Graciet, 41 ans, Éric Laurent, 68 ans, a été mis en examen le 29 août pour ce chantage présumé qui consistait à renoncer, en échange d'argent, à un livre censé contenir des révélations gênantes pour le palais royal. Le Maroc accuse les deux journalistes d'avoir voulu se livrer à un «racket».

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L'avocat marocain aurait fait une proposition contractuelle

Éric Laurent a expliqué ce jour-là au magistrat avoir rencontré une première fois le 11 août l'avocat marocain Hicham Naciri, au lendemain d'une prise de contact à son initiative avec le cabinet du palais royal, rapporte la source. Les deux hommes discutent du livre et de son «caractère sensible puisqu'il concerne la famille royale», a raconté Éric Laurent, livrant au juge une version qu'il a depuis répétée dans ses grandes lignes dans divers médias. «A un moment donné», l'avocat marocain «me fait une proposition indirecte, en m'indiquant qu'on pourrait envisager une proposition contractuelle», affirme-t-il. «A quoi, je lui réponds "Pourquoi pas?"»

Une «lassitude de ce travail» d'investigation

Pourquoi aurait-il accepté de renoncer à son livre? Parce que son «contenu», «trop explosif», «nous gênait par rapport aux conséquences géopolitiques, sur la famille royale du Maroc». Il a aussi évoqué «une certaine lassitude de ce travail» de journaliste d'investigation qu'il aurait éprouvée, comme Catherine Graciet. Son interlocuteur «paraissait aussi intéressé que (lui) par l'éventualité d'un accord», a-t-il assuré, selon la source. «Il n'y a jamais eu de ma part de pression, de menaces. Cela s'est fait naturellement», «il n'y avait aucune intention de faire chanter», a-t-il affirmé.

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Il demande 3 millions... mais n'y croit pas

Cela s'apparentait-il à une transaction à ses yeux? «Oui, ça s'est fait naturellement», répète-t-il. «Dans les propos de M. Naciri, il n'y a aucune indignation.» «Au moment où il me demande le montant, me semble-t-il que je dis "trois".» Ces trois millions d'euros, il a dit ne pas avoir cru «une seconde» pouvoir les obtenir, c'était une base de négociation à ses yeux. Absente aux deux premiers rendez-vous, Catherine Graciet, qui ne s'est pas expliquée sur PV devant le juge, «a été tenue informée du début à la fin», «elle est au courant de tout», a aussi assuré Éric Laurent.

Interpellés avec 80.000 euros sur eux

A la troisième réunion, la journaliste est présente. Juste avant d'être interpellés, les auteurs partent avec un accord de deux millions d'euros, 80.000 euros en liquide en guise d'avance, en échange de leur engagement écrit à ne pas publier. La création de comptes ad hoc à Singapour a été évoquée, selon la source. «On était dans une telle euphorie», a expliqué Éric Laurent au juge.