Colère des agriculteurs: «Le gouvernement se fout de la gueule du monde»

MANIFESTATION « 20 Minutes»  a interrogé trois agriculteurs présents au rassemblement place de la Nation, à Paris, ce jeudi...

Propos recueillis par Thibaut Le Gal

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Des agriculteurs ont manifesté place de la Nation, à Paris, le 3 septembre 2015.
Des agriculteurs ont manifesté place de la Nation, à Paris, le 3 septembre 2015. — AFP

Une mobilisation à Paris de milliers d’agriculteurs, mais pour quels résultats ? Manuel Valls a promis une nouvelle série d’aides permettant selon lui de répondre aux besoins d’investissement de la filière. Le président de la FNSEA, à l’origine de la mobilisation, a estimé que le gouvernement avait « entendu » le message des agriculteurs. Pourtant lors de sa prise de parole depuis le podium place de la Nation, le patron du 1er syndicat agricole a été hué par une partie des manifestants. 20 Minutes a interrogé trois agriculteurs présents au rassemblement.

Reportage : A Nation, les agriculteurs en colère demandent « juste de vivre de leur métier »

Patrice, producteur de lait breton : « Pas sûr que ça nous sorte de notre merde »

Patrice, 43 ans, est producteur de lait et de légumes à Plouénan dans le Finistère. « On est vraiment déçu. On s’attendait à quelque chose de concret. Et on nous offre des rustines encore une fois. C’est difficile de mesurer à chaud l’impact des mesures, mais à mon avis ça va être une misère. Quand on voit le nombre d’exploitation en France, [500.000 selon l’Insee], faudrait voir combien ça fait pour chacun, ce n’est pas sûr que ça nous sorte de notre merde. Nous, on demandait que les prix soient revus à la hausse, et là-dessus on ne nous a rien garanti. Rien ne me dit que demain, mon litre de lait vaudra plus cher. Le climat est assez tendu là, mais j’espère que ça va bien se passer. Je repars déçu car je n’ai pas l’intention de revenir dix fois à Paris. »

Bernard Lacour, président de la FDSEA de Saône-et-Loire. « Ce n’est pas le grand soir, mais une étape »

Bernard Lacour est éleveur et président de la FDSEA (Fédération départementale des syndicats d’exploitants agricoles) de Saône-et-Loire. « Cette journée est une satisfaction. Elle a permis de marquer le paysage et sensibiliser à la fois nos propres structures, le pouvoir et l’opinion publique. L’accueil parisien a été une bonne chose. Ceux qui sont venus en disant "On vient tout régler" ne pourront que repartir déçu. Mais on ne peut pas balayer plusieurs décennies de pratiques qui visent à affaiblir les producteurs en une seule journée. Ce n’est pas le grand soir, mais une étape. Je comprends que certains agriculteurs repartent un peu abattus, car certains ne voient plus le bout du tunnel. Sur le court terme, certaines mesures sont intéressantes. L’« année blanche » permettra à certains agriculteurs de nourrir leurs animaux plutôt que rembourser leurs prêts. Les cotisations sociales seront calculées seulement sur l’année 2015, ce qui allégera leurs trésoreries.

Denis Sargeret, céréalier du Val d’Oise. « Ils se foutent de la gueule du monde »

Denis Sargeret est céréalier et producteur de bière dans le Val d’Oise. Il est syndiqué à la Fédération départementale des syndicats d’exploitants agricoles d’Ile-de-France. « On est venu pour rien. Pour nous, rien ne va changer. Et les éleveurs ne sortiront pas la tête de l’eau. Ils se foutent de la gueule du monde. On voulait un moratoire sur les clauses environnementales, on n’a rien du tout. Avec la disparité des charges au niveau européen, ce n’est plus possible de travailler depuis le Grenelle environnement. Leur année blanche n’est qu’un moratoire de six mois, et après ils trouveront de nouvelles idées, on n’en peut plus. La seule chose satisfaisante est d’avoir montré à la population que les agriculteurs peuvent se mobiliser. Les gens sur les ponts, dans les voitures étaient favorables à notre action. »