Pourquoi le prix de la cantine a pris du poids à cette rentrée?

EDUCATION La baisse de dotation de l’Etat aux collectivités a poussé beaucoup d’entre elles à revoir leurs tarifs de restauration scolaire…

Delphine Bancaud

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NANTES, le 19/12/2012 Une cantine scolaire
NANTES, le 19/12/2012 Une cantine scolaire — FABRICE ELSNER/20 MINUTES

Beaucoup de parents auront une mauvaise surprise en découvrant les factures de cantine de leurs enfants à cette rentrée. Car dans de nombreuses villes, le coût de la restauration scolaire a flambé en septembre.

Selon la FCPE, c’est par exemple le cas à Lyon, La Rochelle (Charente-Maritime), Saint-Etienne-de-Chigny (Indre-et-Loire), Metz (Moselle), Saint-Ouenne (Deux-Sèvres), Clamart (Hauts-de-Seine), Les Grandes-ventes (Seine-Maritime)…

A Toulouse, la ville a mis fin à la gratuité de la cantine pour 7.000 familles qui devront dès septembre payer 1,10 euro par repas. A Paris deux nouvelles tranches tarifaires (9 et 10) ont été créées pour faire davantage contribuer les familles les plus aisées. Le repas ne leur sera plus facturé 5,10 € comme l’an dernier, mais 6 € et 7 €.

La baisse des dotations de l’Etat en cause

Une tendance à la hausse que confirme Philippe Laurent, Secrétaire général de l’Association des maires de France (AMF) : « Davantage de communes ont été contraintes d’augmenter leurs tarifs de cantine, en raison de la baisse des dotations de l’Etat aux collectivités territoriales », explique-t-il. Beaucoup de maires s’étant engagés lors de leur campagne aux municipales à ne pas augmenter les impôts, ils utilisent d’autres leviers pour boucler leur budget, dont l’augmentation à certains services municipaux.

Pourquoi tant de gaspillage dans les cantines scolaires ?

Des surcoûts qui peuvent paraître importants aux familles, mais qui ne reflètent pas le prix de revient des heures de cantine pour les collectivités, comme le souligne Isabelle Maincion, co-présidente de la commission restauration scolaire à l’AMF : « Il oscille entre 8 et 10 euros selon les communes, car outre le repas, il faut ajouter les frais de personnel (cuisiniers, personnel de service, surveillants…) et la livraison des repas. Or, on demande en moyenne un tiers du prix de revient aux familles. Le reste à charge est donc important pour les collectivités », souligne-t-elle.

Des impayés de cantine en augmentation

Et même si le tarif de la cantine varie généralement en fonction du quotient familial, certaines communes proposent encore un tarif unique pour s’éviter un travail administratif trop lourd. Du coup, le coût de la cantine est parfois trop élevé pour certaines familles modestes, comme le constate Liliana Moyano, présidente de la FCPE : « Certains parents en arrivent aujourd’hui à retirer leurs enfants de la cantine. Ce qui n’est pas sans conséquence sur le bien être et la réussite scolaire »., insiste-t-elle « Avec la crise, les communes font face à de plus en plus d’impayés de cantine », note aussi Isabelle Mancion. Un phénomène qui risque de s’amplifier avec la hausse des prix.

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Le système D des paniers-repas

Se trouvant entre le marteau et l’enclume, les maires tentent de trouver des solutions. Certaines écoles autorisent désormais les élèves à venir avec leur panier-repas, en s’assurant que la chaîne du froid soit respectée. N’est alors demandée aux familles qu’une petite participation (pour l’entretien des locaux et les frais de personnel). « Une solution qui pourrait être amenée à se développer dans les années à venir si les prix de la cantine flambent trop », reconnaît Philippe Laurent. « On pourrait imaginer aussi que de plus en plus de parents s’organisent entre eux pour faire déjeuner chez eux chacun à leur tour les enfants afin de s’épargner les frais de cantine ».

Car pour l’heure, difficile pour les maires d’imaginer qu’ils puissent revoir à la baisse le coût de la cantine dans les prochaines années, la baisse prévue de dotation de l’Etat aux collectivités locales étant de 3,67 milliards par an jusqu’en 2017. « D’autant que baisser le prix des repas pourrait nuire à leur qualité », renchérit Isabelle Maincion.