Soupçons de chantage contre le roi du Maroc: Les journalistes aimeraient sortir le livre controversé

JUSTICE Mis en examen pour « chantage » et « extorsion de fonds », les deux journalistes se sont exprimés dans « Le Monde » et « Le Parisien »…

V.V.
— 
Catherine Graciet en 2009 et Eric Laurent en 2006.
Catherine Graciet en 2009 et Eric Laurent en 2006. — VALINCO/SIPA - PIERRE VERDY / AFP

Ils n’ont pas le droit de se parler. Mais Eric Laurent et Catherine Graciet semblent être sur la même longueur d’onde. Mis en examen pour « chantage » et « extorsion de fonds » pour avoir réclamé trois millions d’euros au roi du Maroc contre la non-publication d’un livre à charge, les deux journalistes se sont longuement exprimés dans deux interviews.

Qui corrompt qui ?

C’est Eric Laurent qui a ouvert le bal dès dimanche soir dans les colonnes du Monde. Le journaliste reconnaît bien l’existence d’une transaction avec le royaume de Rabat. Il avait d’ailleurs été interpellé avec 40.000 euros en liquide. Mais, dénonçant l’entreprise de « déformation des faits » menée par Eric Dupont-Moretti, l’avocat du roi du Maroc, le journaliste assure que la proposition de transaction émanait du roi du Maroc et non de lui.

Chronologie d’une affaire rocambolesque

« A un moment donné, [l’émissaire du roi] me dit : "On pourrait peut-être envisager une rémunération, une transaction, en contrepartie d’un retrait écrit", raconte-t-il. C’est lui qui m’amène à cette idée. A aucun moment, il n’y a une volonté de ma part de faire chanter le roi du Maroc ».

Eric Laurent : « J’ai très envie de le sortir »

Ce sont finalement deux choses qui l’auraient fait réfléchir. D’abord, le grave cancer dont sa femme est victime aujourd’hui serait rentré en ligne de compte pour accepter l’argent. Mais le journaliste met aussi en avant la possibilité que son livre ait pu déstabiliser le royaume du Maroc. « Je me dis, après tout, on n’a pas envie que s’instaure une république islamique [au Maroc]. S’il propose une transaction, pourquoi pas ? »

Sur un enregistrement, Eric Laurent réclame trois millions…

Aujourd’hui, il prétend pourtant avoir la ferme intention de terminer et de publier l’ouvrage : « Je serais maintenant vraiment partisan de le sortir et j’en aurais très envie… »

Catherine Graciet : « Un moment de faiblesse »

Même sentiment pour Catherine Graciet. Présentée comme la coauteure de l’ouvrage controversé, cette journaliste reconnaît, pour sa part, avoir eu « un moment de faiblesse ».

Dans une interview au Parisien, elle affirme d’abord ne pas avoir cru à la tentative de transaction, remettant sur le royaume du Maroc, toute la responsabilité. « J’y vais pour voir [au rendez-vous], parce que je n’arrive pas à y croire. Je pense même qu’une tentative de corruption, cela ferait un beau chapitre d’ouverture. En même temps je me méfie… »

Finalement, « un peu perdue », elle reconnaît avoir eu un « un moment de faiblesse ». Mais, reprend-elle, « je me suis fait la promesse que notre livre sortira ». Certaines maisons d’édition doivent déjà se frotter les mains.