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Robert Molnar, maire de Kübekhaza, ville où ont débuté les travaux de construction de la barrière. — H. Sergent/20 Minutes

HONGRIE

Crise des migrants: «Ce mur de barbelés déchire des familles hongroises»

Le pays vient de terminer la construction d’un mur de barbelés le long de sa frontière avec la Serbie. Une barrière qui ravive les plaies des habitants et n’endigue en rien les flux migratoires…

De notre envoyée spéciale

Les champs de maïs s’étendent à perte de vue autour de la petite commune de Kübekhaza. Les chemins agricoles ont été défoncés par les roues des camions militaires qui se sont affairés, deux mois durant, à la construction d’un mur de barbelés le long des 175 kilomètres qui séparent la Hongrie de la Serbie. Le maire de la ville, Robert Molnar, a été informé des débuts des travaux le matin du 13 juillet : « L’agence de presse nationale, la MTI, m’a appelé pour avoir ma réaction par rapport à la construction de la barrière, ce sont les journalistes qui m’ont appris la nouvelle », détaille-t-il.

« J’ai vu des familles se déchirer à ce sujet »

Erigée pour endiguer les flux de migrants arrivant de Serbie, et officiellement achevée ce lundi 31 août, cette barrière a divisé les familles qui vivent le long de la frontière. « J’ai vu des familles se déchirer à ce sujet, certains étaient favorables à sa construction quand d’autres y ont vu des réminiscences du mur de Berlin », confie Robert Molnar.

Et les habitants de Kübekhaza sont inquiets. La commune est également limitrophe avec la Roumanie, or, à cet endroit précis, les barbelés s’arrêtent et le passage se fait en toute liberté. « Certains de mes administrés pensent que tous les migrants vont arriver par ici quand ils sauront que le passage est libre et que le village va devoir faire face à des afflux massifs », confie le maire.

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Mais l’augmentation des flux migratoires n’est en rien liée avec la construction de cette barrière assure Mark Kékesi, cofondateur de l’association « MigSzol », qui oriente et prend en charge les réfugiés juste après la traversée de la frontière hongroise : « La semaine dernière, on a reçu 1.500 personnes en une journée. Mais ce n’est pas parce que le gouvernement plante quelques barbelés. Ils nous disent simplement que le voyage sera beaucoup plus difficile cet hiver donc ils tentent leur chance maintenant ».

« Aujourd’hui, tout a changé »

La gare de Szeged, à une dizaine de kilomètres de la frontière, est la plus proche à desservir Budapest. Depuis le mois de juin, MigSzol a installé une baraque en bois pour informer et soulager les réfugiés qui y arrivent avant de prendre le train. Une fois par semaine, Timea Kovacs, avocate spécialisée dans le droit des étrangers, se rend à la gare bénévolement pour offrir à ceux qui le veulent, un soutien juridique : « Depuis 2007, je travaille pour le Comité Helsinki qui vient en aide aux réfugiés. A l’époque, il y avait peut-être 2.000 ou 3.000 arrivées par an. Aujourd’hui, tout a changé ».

La construction de cette barrière est un non-sens selon elle : « Le gouvernement a dépensé de l’argent là-dedans alors qu’on sait que ça n’est pas efficace. Quand on pense que dans les centres de tri, on compte une quinzaine de policiers pour gérer des centaines de nouveaux arrivants et pas un seul d’entre eux ne sait parler arabe. Ce mur, c’est un vrai gâchis »

Parmi les réfugiés qui ont traversé la frontière aujourd’hui se trouve Zeinab, Syrienne de 17 ans. Elle, son mari et son oncle ont marché pendant près de 90 kilomètres avant d’atteindre la Hongrie. Les bénévoles leur distribuent de l’eau, des sandwichs, le trio souffle. Dans quelques minutes, ils reprendront leur voyage, en direction de Budapest : « Cette fois au moins, on sera dans le train ! », se réjouit la jeune femme.