Ils sont devenus enseignants après avoir exercé un autre métier

EDUCATION « 20 Minutes » a recueilli le témoignage de ces nouveaux venus dans l’Education nationale...

Delphine Bancaud

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Un enseignant dans une salle de classe (illustration).
Un enseignant dans une salle de classe (illustration). — BEBERT BRUNO/SIPA

Ils ont épousé l’Education nationale en secondes noces. Parmi les 855.000 enseignants qui feront leur rentrée ce lundi, certains ont exercé un autre métier auparavant, souvent dans le privé.

Des reconversions souvent motivées par leur lassitude vis à vis de leur ancien job, à l’instar de Gaëlle, 38 ans, devenue professeur d’anglais il y a deux ans : « J’avais l’impression d’avoir fait le tour de mon métier d’animatrice radio que j’exerçais depuis 11 ans. Et j’étais épuisée de me lever tous les jours à 4 heures du matin. Devenir enseignante, c’était continuer à transmettre, mais différemment et à un autre public ». Idem pour Stéphane, 36 ans, devenue professeur des écoles en 2005 après des expériences en SSII et dans le secteur bancaire : « J’étais commerciale grands comptes et j’ai réalisé que mon métier n’avait aucun sens. Je ne voulais pas être uniquement motivée par l’appât du gain. Devenir prof, c’était me sentir à nouveau utile », confie-t-elle.

Un vieux rêve d’enfance

Pour d’autres, intégrer l’Education nationale a été le moyen de renouer avec une vieille ambition contrariée, comme ce fut le cas pour Elodie, 34 ans qui devenue professeur des écoles il y a 3 ans : « Etudiante, j’avais hésité entre la publicité et l’enseignement, avant d’opter pour la première. Mais lorsque je suis devenue mère, me réorienter dans l’Education m’est apparu comme une évidence ». Olivier, 31 ans a eu le même déclic : « Après 8 ans de carrière en tant que responsable technique dans le bâtiment, j’ai décidé de réaliser mon rêve et j’ai passé mon CAPLP d’électrotechnique pour enseigner en lycée professionnel ».

Un changement de cap que leur entourage n’a pas toujours bien compris : « Beaucoup de personnes m’ont dit que j’étais fou, notamment parce que j’allais perdre 700 euros de salaire », raconte Olivier. « Certains ont réagi comme si j’allais ouvrir une boulangerie bio », ironise Stéphane. Mais au final, la plupart de ces nouveaux profs ont réussi à convaincre leurs proches du bien-fondé de leur reconversion : « mon mari trouve que je suis beaucoup plus zen qu’avant », constate ainsi Gaëlle.

Plein d’avantages et peu d’inconvénients

Quant aux principaux intéressés, ils ne regrettent pas leur choix, même si leurs conditions de travail ne sont pas toujours idylliques : « J’apprécie le contact avec les jeunes et la liberté pédagogique dont je bénéficie. Et je profite davantage de ma vie privée », confie Olivier. « Je suis beaucoup plus heureuse qu’avant parce que je me sens utile et que j’ai moins de pression professionnelle. Et notre équilibre familial est bien meilleur », se réjouit aussi Elodie. « Les élèves sont durs, mais attachants et chaque jour est différent, estime de son côté Gaëlle. Mes collègues sont très solidaires et très cultivés aussi, ce qui rend l’ambiance en salles des profs si particulière », poursuit-elle. Même son de cloche chez Stéphane : « C’est un bonheur de ne plus avoir de hiérarchie et de bénéficier d’une vraie souveraineté pédagogique ».

Quant au sacrifice financier auquel ces reconvertis ont dû généralement consentir, le jeu semble en valoir la chandelle : « J’ai perdu en salaire, mais j’économise en mode de garde », constate Gaëlle. « Je vis autrement et je dépense moins », explique pour sa part Stéphane. Seul hic selon elle : « le manque de reconnaissance sociale des profs », qui est parfois dur à supporter.

Pour ces profs motivés, le fait d’avoir connu une précédente vie professionnelle est aussi un atout pour exercer ce métier : « Je suis plus âgée, donc je ne me remets pas en question au moindre couac », estime Gaëlle. « J’ai l’impression d’être plus crédible auprès des enfants et de leurs parents », poursuit Elodie. Un avis partagé par Olivier : « en venant du privé on a une certaine légitimité auprès des élèves car on connaît le marché du travail. Et j’ai l’impression d’avoir une autorité naturelle », estime-t-il. Un épanouissement professionnel qui bien souvent rejailli sur les élèves.