Soupçons de chantage sur Mohammed VI: Les deux journalistes français mis en examen

FAITS DIVERS Ils avaient été interpellés à Paris jeudi...

F.F. avec AFP
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Le roi du Maroc Mohammed VI, le 16 juillet 2013 à Rabbat
Le roi du Maroc Mohammed VI, le 16 juillet 2013 à Rabbat — Fadel Senna AFP

L’enquête poursuit son cours, dans l’affaire des journalistes soupçonnés d’avoir tenté d’extorquer trois millions d’euros au roi du Maroc. Catherine Graciet et Eric Laurent, ont été mis en examen dans la nuit de vendredi, a révélé une source judiciaire ce samedi matin. Les deux Français sont poursuivis pour « chantage » et « extorsion de fonds ». Ils ont été remis en liberté sous contrôle judiciaire.

Ils avaient été interpellés jeudi à Paris, après une entrevue avec un représentant du roi écoutée par la police et au cours de laquelle ils auraient reçu chacun une avance de 40.000 euros pour ne pas faire paraître un livre à charge pour le roi du Maroc.

>> Chronologie d’une affaire rocambolesque

L’avocat de Mohammed VI, Eric Dupont-Moretti, était le seul jusqu’à présent, à s’être fait entendre. C’était au tour de l’avocat de Catherine Graciet de s’exprimer ce vendredi soir. Pour Eric Moutet, un « deal financier » a bien eu lieu entre le Maroc et les deux journalistes, qui ont été « piégés » par des « enregistrements sauvages ». Le défenseur évoque également « une logique de stratagème » mise en place de la part du Maroc dans ce dossier.

Pour l’avocat de Catherine Graciet, Me Éric Moutet, il y a bien eu un « deal financier », dans un « contexte très troublant ». « Le royaume marocain a des comptes évidents à solder avec Catherine Graciet et un nouveau livre sur l’entourage du roi est en préparation au moment où le deal financier se met en place », a-t-il estimé vendredi soir. Il a également évoqué « un piège » dans lequel serait tombée sa cliente.

« Enregistrements sauvages »

L’affaire a débuté le 23 juillet quand Eric Laurent a contacté une première fois le cabinet royal marocain en indiquant qu’il préparait un livre, selon l’avocat du Maroc, Me Eric Dupond-Moretti. Une première rencontre aurait été organisée à Paris avec un représentant du Maroc à qui « Eric Laurent dit + écoutez, moyennant 3 millions d’euros, je ne publie pas mon livre, un livre que je prépare avec Catherine Graciet », a raconté l’avocat.

Trois sources proches du dossier ont affirmé à l’AFP qu’Eric Laurent a reconnu les faits, sans toutefois préciser la teneur exacte de ces aveux. Son avocat n’avait pu être joint samedi.

Le journaliste de 68 ans n’est pas un inconnu au Maroc. Il a publié en 1993 un livre d’entretiens avec l’ancien monarque Hassan II, père de l’actuel roi. Début 2012, il a publié, avec Catherine Graciet cette fois, un livre accusateur contre Mohammed VI, « Le roi prédateur ». L’édition du journal espagnol El Pais avait été interdite sur le territoire marocain le jour où le quotidien avait publié les bonnes feuilles du livre.

Après le rendez-vous du 23 juillet, le Maroc a porté plainte et une enquête a été diligentée par le parquet de Paris, qui a ouvert mercredi une information judiciaire pour « tentative de chantage » et « tentative d’extorsion de fonds ». Dans ce cadre, des réunions ont été organisées, « des rencontres filmées, enregistrées, entre le représentant du roi » et les journalistes, selon Me Dupond-Moretti. « C’est précisément l’avocat mandaté par le roi qui piège les journalistes par des enregistrements sauvages », a affirmé de son côté le conseil de Catherine Graciet, jugeant qu'« il y a dans cette affaire une logique de stratagème ».

Lettre manuscrite

Selon l’avocat du Maroc, au cours de ces réunions, les journalistes auraient accepté de transiger à deux millions d’euros et sont sortis du dernier rendez-vous, jeudi, avec « un acompte substantiel de 40.000 euros chacun ».

Me Dupond-Moretti a évoqué l’existence d’un « contrat signé » par les deux journalistes. Sur cette lettre manuscrite, dévoilée par BFM, ils écrivent notamment qu’ils « n’écriront plus rien sur le royaume du Maroc ». En contrepartie, « nous confirmons avoir reçu à ce jour une avance de 80.000 euros », ajoutent-ils.

Mais pour l’avocat de Catherine Graciet, « l’instruction devra déterminer le rôle de chacun ».