Un enfant sur trois ne prend pas de petit-déjeuner.
Un enfant sur trois ne prend pas de petit-déjeuner. — PETILLOT/SIPA

NOURRITURE

Le petit-déjeuner trop souvent zappé par les écoliers

Selon une une étude du Crédoc pour le collectif Les petits-déjeuneurs, 86 % des enseignants pensent qu'il faut développer l'éducation alimentaire à l'école...

Le petit-déjeuner a la réputation d’être le repas le plus important de la journée et pourtant. Selon une étude du Crédoc* pour le collectif Les petits-déjeuneurs dévoilé par 20 Minutes, 3,4 élèves par classe en moyenne arrivent à l’école le ventre vide de manière quasi-quotidienne. Un phénomène encore plus notable dans l’enseignement prioritaire où 5,2 élèves par classe sautent ce repas du matin plusieurs fois par semaine. « Et le nombre d’enfants qui partent à l’école sans rien avaler le matin est en augmentation depuis cinq ans, tout d’abord en raison de la crise. Car les familles en difficulté rognent sur ce repas pour tenter de préserver les autres », analyse Pascale Hébel, directrice du Département Consommation du Crédoc.

Un constat que fait aussi la nutritionniste Laurence Plumey ** lors de ses consultations : « J’attribue ce phénomène notamment aux nuits plus courtes des enfants. Ayant du mal à se lever le matin, ils sautent de leur lit à la dernière minute et zappent le petit-déjeuner », explique-t-elle. Selon David, un enseignant de primaire qui a participé à l’enquête, cette mauvaise habitude serait également liée au mode de vie des familles : « Les parents travaillent, ils partent avant l’enfant. Ce dernier se retrouve seul et n’a pas le réflexe de prendre un petit-déjeuner », explique-t-il.

Pourquoi le petit-déjeuner est le repas de la journée à ne pas sauter

Des conséquences sur l’apprentissage

Cette absence de repas matinal n’est pas sans conséquences pour les écoliers : les enseignants interrogés pour l’étude constatent que 82 % de ces enfants sont fatigués, 83 % d’entre eux sont moins concentrés et moins attentifs et 61 % participent moins en classe. « La nuit, le corps pompe dans ses réserves énergétiques et le matin il a quasiment épuisé celles en glucides. Si un enfant ne mange pas, son taux de glycémie chute vers 10 ou 11h, ce qui provoque des troubles de la concentration et des difficultés de mémorisation », confirme Laurence Plumey.

En outre, « cela peut perturber l’équilibre alimentaire de la journée. L’enfant va avoir le réflexe de grignoter et va beaucoup plus manger au déjeuner », poursuit la nutritionniste. Et à l’heure où l’obésité des enfants français est en expansion, cette mauvaise habitude n’est pas anodine. « D’autant qu’un enfant qui aura pris ce pli, deviendra un adulte qui ne petit-déjeunera pas », souligne-t-elle.

Alimentation : Sauter le petit-déjeuner fait perdre deux heures d’apprentissage par jour

Pour éviter que cette mauvaise habitude ne se propage chez les enfants français, 86 % des enseignants estiment qu’il faudrait développer l’éducation alimentaire à l’école. En rappelant par exemple que le petit-déjeuner doit idéalement représenter de 20 à 25 % des besoins énergétiques de la journée. Soit entre 350 et 450 calories pour un enfant de 7 à 11 ans. Un avis que partage Pascal Hébel : « Ce repas est moins valorisé que dans les années 90, où une semaine du petit-déjeuner était organisée par des industriels chaque année », note-t-elle. « Dans certaines collectivités en difficulté, il faudrait aussi proposer une collation aux enfants à leur arrivée à l’école », suggère-t-elle.

Se lever 15 minutes plus tôt pour la bonne cause

« Le petit-déjeuner idéal doit être composé d’aliments riches en glucides (pain ou biscottes, avec de la confiture ou du miel, ou encore céréales), d’un produit laitier, d’une boisson et d’un fruit (même sous forme de compote ou d’orange pressée) », rappelle Laurence Plumey.

Quant aux parents, la nutritionniste leur lance un appel : « Cela vaut le coup de se lever 15 minutes plus tôt pour partager ce repas avec leurs enfants, en leur proposant une table généreuse où ils pourront choisir ce qu’ils veulent ».

*Enquête menée par téléphone auprès de 500 enseignants du CP au CM2 en mai et juin 2015, selon la méthode des quotas.

**Laurence Plumey est auteur de l’ouvrage Le grand livre de l’alimentation, éditions Eyrolles, 2014, 23,90 euros.