Attaque dans le Thalys: Cinq mesures pour améliorer la sécurité dans les trains

TERRORISME L’attaque déjouée vendredi a mis en lumière la vulnérabilité des trains à une offensive terroriste...

Nicolas Beunaiche et Oihana Gabriel

— 

Policiers près d'un train Thalys en gare d'Arras après une fusillade le 21 août 2015.
Policiers près d'un train Thalys en gare d'Arras après une fusillade le 21 août 2015. — PHILIPPE HUGUEN / AFP

Vendredi, l’attaque déjouée à bord d’un Thalys Amsterdam-Paris n’a fait aucun blessé sérieux. Mais elle n’a pas dispensé le gouvernement et la SNCF d’une remise en cause sévère de son dispositif de sécurité, dont l’attentat, même manqué, a mis en lumière les limites. Dimanche, le président de la SNCF, Guillaume Pépy a donc annoncé la création d’un numéro vert permettant aux passagers de « signaler quelque chose d’anormal, voire inquiétant, en gare ou dans un train ». Rien d’autre, ou presque, n’est prévu pour le moment. Comment pourrait-on aller plus loin ? 20 Minutes passe au crible cinq mesures avancées pour renforcer la sécurité des voyageurs face à la menace terroriste.

Installer des portiques dans certaines gares

La piste de l’installation de portiques dans toutes les gares a été balayée par Guillaume Pépy. « Le train en France, c’est 20 fois plus de trafic que l’aérien. Vous voyez ce que sont les mesures de contrôle d’embarquement dans les aéroports, il faudrait faire 20 fois plus dans le train. Ce n’est pas une piste sur laquelle il faut compter », a-t-il tranché. Un constat qui fait l’unanimité. Certaines voix, comme celle de Nathalie Goulet, sénatrice UDI et présidente de la commission d’enquête sur les réseaux djihadistes qui s'est achevée en avril, appellent donc à une installation de portiques ciblée sur les lignes internationales, « sur le modèle de l’Eurostar ». « Dans le cas du Thalys, il faudra mettre en place un système cohérent sur tous les pays traversés, mais cela me semble être une bonne idée, valide l’économiste spécialisé dans les transports Marc Ivaldi. De toute façon, on ne pourra pas faire autrement que de sécuriser les Thalys et même un certain nombre de TGV. » L’Espagne le fait depuis 2004 sur ses lignes à grande vitesse.

Multiplier les contrôles et améliorer la surveillance au départ

L’idée de « fouilles aléatoires » a fait polémique ce lundi matin quand Alain Vidalies, le secrétaire d’Etat aux Transports, l’a évoquée, en assumant le risque « discriminatoire ».

Mais elle est également avancée par d’autres personnalités. L’expert de la sécurité dans les transports Christophe Naudin propose ainsi « des contrôles biométriques identitaires dans les gares les plus fréquentées » (pour vérifier que les données du titre de transport et l’identité de la personne correspondent) ainsi qu’un « contrôle aléatoire et discriminatoire des personnes et bagages » partout en France. « Il faut que les patrouilles de policiers et militaires mobilisés dans le cadre de l’opération Sentinelle fassent preuve de plus de vigilance sur certains bagages ou personnes », résume en tout cas Olivier Renaudie, professeur de droit à l’université de Lorraine et spécialiste de la sécurité. Enfin, la sécurité des voyageurs passera par « une amélioration de la vidéosurveillance », complète Frédéric Gallois, ancien commandant du GIGN.

Former le personnel des compagnies à bord

L’objectif n’est pas de transformer des contrôleurs en membres des commandos. « Chacun doit faire son travail », estime Frédéric Gallois. Mais « il est important de travailler sur les procédures en cas d’attaque, ajoute-t-il. Le personnel à bord doit être capable de faire remonter l’information et éventuellement de bloquer des terroristes dans un wagon du train. » La sénatrice Nathalie Goulet abonde en ce sens, prenant l’exemple des compagnies aériennes, comme Marc Ivaldi. « Les stewards et hôtesses de l’air sont formés à réagir à une attaque, explique-t-il. Demander à la SNCF de faire de même avec ses employés me semble logique… »

Renforcer la présence policière à bord

Bien sûr, il sera impossible de « mettre un policier derrière chaque voyageur », rappelle Marc Ivaldi. D’autant que « les effectifs de la police sont utilisés à 100 % de leurs capacités », a rappelé sur France 3 Nicolas Comte, secrétaire général de SGP Police-FO. Mais d’autres moyens existent pour corriger le tir. Le syndicat Alliance propose ainsi que « les policiers en service mais également hors service puissent accéder gratuitement à tout type de transport en commun ».

Une mesure « pas idiote », selon Frédéric Gallois, qui rejoint également le syndicat sur la nécessité de revoir « la réglementation du port et du transport de l’arme de service afin d’assurer au policier de bonnes conditions d’intervention quelles que soient les circonstances ». Pour l’ancien du GIGN, « il faudrait aussi forcer les opérateurs à travailler avec des acteurs privés de la sécurité » : ceux-ci pourraient alors suppléer les policiers, notamment à bord des trains. Tout ce petit monde devrait, en outre, pouvoir s’appuyer sur une vidéosurveillance accrue, ajoute Marc Ivaldi. « Une caméra par wagon », imagine l’économiste.

Mettre à contribution les voyageurs

Le numéro vert annoncé par Guillaume Pépy est une première pierre. « Il ne fait pas le prendre pour un gadget, estime ainsi Olivier Renaudie. En France, on parle rapidement de délation mais dans d’autres pays comme le Japon, les citoyens s’investissent volontiers dans l’aide aux policiers. » Reste à optimiser l’utilisation des données remontées. Or pour Nathalie Goulet, qui insiste sur l’importance du signalement, la création d’un numéro spécial à la SNCF pourrait entraîner « une dispersion du renseignement ». Elle appelle donc à une centralisation des appels à l’Uclat (l’Unité de coordination de la lutte antiterroriste), créée en avril 2014 au sein du ministère de l’Intérieur. « Les renseignements seraient traités par des professionnels qui connaissent par cœur les moyens de réagir à la menace terroriste », avance-t-elle.