Attaque dans un Thalys: L’étrange stratégie de défense d’Ayoub El Khazzani

JUSTICE Arrêté vendredi dans un Thalys à Arras (Pas-de-Calais) avec un arsenal de guerre, le Marocain de 25 ans a nié toute intention terroriste durant sa garde à vue…

Vincent Vantighem

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Photo non datée d'Ayoub el Khazzani.
Photo non datée d'Ayoub el Khazzani. — AFP

Une kalachnikov, 270 cartouches, un cutter et un pistolet automatique Luger. Malgré l’arsenal retrouvé sur lui, Ayoub El Khazzani est « médusé du caractère terroriste attribué à son action », selon son avocate. Arrêté vendredi soir dans un Thalys à Arras (Pas-de-Calais), ce Marocain de 25 ans a assuré durant sa garde à vue, qu’il avait trouvé ces armes dans un parc public de Bruxelles (Belgique) et qu’il ne comptait s’en servir « que » pour détrousser les passagers du train. Autrement dit qu’il n’avait, selon ses dires, rien d’un terroriste.

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Nier la portée terroriste des actes semble être devenu la ligne de défense classique des apprentis djihadistes arrêtés en France ces derniers mois. Et pour cela, ils n’hésitent pas à avancer des arguments parfois farfelus. Yassin Salhi a ainsi prétendu qu’il avait décapité, en juin, son patron à Saint-Quentin-Fallavier (Isère) à cause d’une simple querelle avec lui. Quant à Sid Ahmed Ghlam -soupçonné d’avoir voulu attaquer, en avril, une église de Villejuif (Val-de-Marne)- il s’affiche comme la victime d’un mystérieux complice qui lui aurait tiré dans le pied…

« Sortir au plus vite pour éventuellement commettre un nouvel acte »

« Pour eux, c’est une ligne de défense qui est plus facile à tenir, analyse un avocat pénaliste qui a défendu plusieurs candidats au djihad. Cela leur évite de devoir donner des détails sur leur personnalité, leur parcours et surtout de compromettre les individus qui les ont amenés là. » Sans oublier que la peine de prison encourue est plus faible quand la circonstance aggravante de « participation à une entreprise terroriste » n’est pas retenue par les magistrats.

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« Leur visée terroriste ne fait pas de doute, assure pourtant David Thomson, auteur du livre référence Les Français djihadistes*. Mais ils tiennent ce discours pour essayer de sortir le plus vite de prison et éventuellement de commettre un nouvel acte… »

Un « Manuel de survie en garde à vue » diffusé

Une ligne de conduite qui a même été édictée par la propagande djihadiste. Diffusé sur les réseaux sociaux spécialisés, le Manuel de survie en garde à vue -bien connu des militants d’extrême gauche- indique, en substance, que le but est de rester le plus mutique possible. Arrêté à Bruxelles après la tuerie du musée juif, Mehdi Nemmouche n’a ainsi ouvert la bouche lors de ses interrogatoires que « pour chanter du Charles Aznavour », rappelle David Thomson.

« Ils sont aussi aidés dans leur ligne de défense par le fait qu’aucune organisation terroriste ne revendique leurs actes, poursuit le spécialiste. D’abord parce qu’elles n’ont pas été commanditées directement et surtout parce qu’elles ont échoué. »

Malgré tout, cela ressemble plus que jamais à une stratégie du désespoir. Comme Yassin Salhi ou Sid Ahmed Ghlam, Ayoub El Khazzani devrait être mis en examen dans les prochains jours pour « tentative d’assassinat en lien avec une entreprise terroriste ». Une qualification qui peut entraîner une peine de réclusion criminelle à perpétuité.

*Les Français djihadistes (Ed. Les Arènes – Mars 2014)