VIDEO. «SDF paumé», islamiste, délinquant... Qui est réellement Ayoub El Khazzani?

PORTRAIT Difficile de cerner encore le profil de celui qui est monté lourdement armé dans un Thalys vendredi...

M.P.

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Photo non datée d'Ayoub el Khazzani.
Photo non datée d'Ayoub el Khazzani. — AFP

Quel est le profil d'Aoub El Khazzani ? Un « SDF squelettique », « peu instruit » et « paumé » qui nie toute motivation terroriste, tel que le décrit son avocate ? Un petit délinquant qui a sombré dans l’islamisme radical, comme semblent l'attester plusieurs éléments des autorités européennes ? « Un bon garçon, fan de football et de pêche », comme l’affirme son père ? Difficile de le savoir à peine plus de 48h après son attaque avortée dans un Thalys, qui a fait finalement deux blessés. Le Marocain est toujours entendu dans les locaux de la Sous-direction anti-terroriste à Levallois-Perret.  20 Minutes fait le point sur toutes les informations dont l’on dispose ce dimanche pour tenter de dresser le profil du suspect

Un marocain de 25 ans fiché pour islamisme radical

Entrecoupé de zones d’ombre, son parcours connu en Europe débute en Espagne où il vit de 2007 à mars 2014. Il y arrive à 18 ans, frisant la marginalité, vivant de petits boulots, s’installe d’abord à Madrid puis à Algésiras, en Andalousie. Où il fréquente une mosquée radicale. S’étant fait repérer par des discours islamistes radicaux légitimant le djihad, il était fiché fin 2012, selon le journal espagnol, comme « potentiellement dangereux » et inscrit dans la base de données partagée par les polices de l’espace Schengen. Alertés par les autorités espagnoles, les services de renseignements français établissent une Fiche S (pour sûreté de l’Etat) à son nom début 2014.

>>Le film des événements de l'attaque du Thalys

Un petit délinquant trempant dans le trafic de drogue

Selon El Pais, il a été arrêté à trois reprises en Espagne pour trafic de drogue, deux fois à Madrid en 2009, une fois à Ceuta, enclave espagnole sur la côte marocaine. Il a été détenu une fois pour ces faits.

Un parcours encore flou

Circulant dans l’espace Schengen grâce à sa carte de séjour espagnole, il est repéré par les radars antiterroristes européens, sans être pour autant réellement surveillé. Les services antiterroristes espagnols ont signalé en février 2014 à leurs collègues français qu’il était susceptible de venir en France. Les Espagnols assurent qu’il a effectivement déménagé dans l’Hexagone, sans préciser où, ce que les Français ne confirment pas. Fiché par les services de renseignements en février 2014, sa trace se perd et il est de nouveau repéré le 10 mai dernier à Berlin d’où il s’est envolé pour la Turquie, selon le renseignement français. Dans ses premières déclarations, il a évoqué des voyages ces six derniers mois en Allemagne, Autriche, France, Andorre. Selon les renseignements espagnols, l’homme serait parti de France en Syrie et serait ensuite revenu dans l’Hexagone, mais le mystère demeure sur cet hypothétique voyage, qu’il nie depuis le début.

Un « SDF squelettique », « paumé », « peu instruit »

Sophie David, l’avocate commise d’office, dresse, elle, le portrait d’un autre homme. « Il ne ressemble pas du tout aux photos qu’on diffuse dans les médias, il a entre 10 et 20 kg de moins » et ne porte pas la barbe, insiste-t-elle, parlant d’un homme « squelettique », qui « souffre de malnutrition » ; qui se présente comme un « SDF ». Et d’ailleurs, si Ayoub El Khazzani est monté dans ce Thals vendredi, ce n’est pas pour des motifs terroristes mais pour « rançonner » les passagers, car il avait besoin d’argent pour se nourrir, affirme-t-il, selon son avocate. D’où le fait qu’il soit « médusé » par les proportions que prend l’affaire, toujours selon son avocat

Un homme sans entraînement au maniement des armes

Cette version du « paumé » ne convainc ni les enquêteurs ni les jeunes Américains qui l’ont maîtrisé dans le train. « Pour braquer des gens on n’a pas besoin de huit chargeurs », a commenté dimanche l’un d’eux, Anthony Sadler. « Il n’avait clairement aucune formation pour les armes à feu. S’il avait su ce qu’il faisait ou s’il avait fait ce qu’il fallait, il aurait pu vider les huit chargeurs et on ne serait probablement pas là aujourd’hui ainsi que beaucoup d’autres gens », a estimé un autre des jeunes héros américains, Alek Skarlatos, militaire fraîchement rentré d’Afghanistan.

Fan de foot et de pêche

A son avocate, il a déclaré avoir « deux frères et deux soeurs » et que ses parents étaient encore vivants mais qu’il n’entretenait « aucun contact avec des membres de sa famille ». Son père, lui, a afirmé au Telegraph que son dernier contact avec son fils remontait à un an. « Je ne sais pas à quoi il pensait. Je ne lui ai pas parlé depuis plus d’un an, précise d’emblée Mohamed El Khazzani sur son fils. Mais c’était un bon garçon, très travailleur. Il ne parlait jamais de politique, juste de football et de pêche », a expliqué Mohammed El Khazzani au quotidien britannique, se disant « incrédule » devant les faits reprochés à son fils.