VIDEO. Attaque dans un Thalys: Le film des événements

RECIT Tout s'est joué en quelques minutes...

Maud Pierron

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La voiture 12 du Thalys, dans laquelle Ayoub El Khazzani a été maîtrisé le 21 août 2015.
La voiture 12 du Thalys, dans laquelle Ayoub El Khazzani a été maîtrisé le 21 août 2015. — PHILIPPE HUGUEN

Quarante-huit heures après, le déroulement de l’attaque déjouée dans le Thalys qui ralliait Amsterdam à Paris se fait de plus en plus clair. Les témoignages des « héros » américains qui ont maîtrisé l’assaillant lourdement armé, Ayoub El Khazzani, ainsi que celui des voyageurs éclairent la scène qui s’est nouée dans la voiture 12 du Thalys 9364. 20 Minutes vous en fait le récit.

Dans les toilettes de la voiture 12

Un Marocain de 25 ans, armé d’un fusil d’assaut kalachnikov avec neuf chargeurs, d’un pistolet automatique Luger et d’un cutter, s’enferme dans les toilettes de la voiture 12 du Thalys 9364 parti d’Amsterdam en direction de Paris vers 17h50. Plusieurs passagers entendent des bruits venant des toilettes, comme des claquements. Lorsqu’il sort des toilettes, peu après le passage du convoi en France, à Oignies (Pas-de-Calais), il tombe nez à nez avec un premier voyageur, un Français de 28 ans employé dans une banque aux Pays-Bas. Ayoub El Khazzani est torse nu et porte sa kalachnikov en bandoulière. Le Français n’hésite pas une seconde et tente de le désarmer.

Un contrôleur, qui pensait assister à une bagarre, s’est approché : « J’ai été projeté contre une porte (…) je me suis retrouvé avec l’individu, il m’a mis au sol, m’a pointé avec le revolver puis il est parti dans la voiture 12 (…) Ca s’est passé très vite », a expliqué Michel Bruet ce dimanche sur France Info.

Après s’être relevé, le contrôleur s’est « empressé de tirer le signal d’alarme. J’ai pris contact avec le conducteur pour lui dire ce qui se passait à bord de mon train », raconte-t-il. Mais l’agresseur, qui est parvenu à échapper au premier passager, tire plusieurs coups de feu, dont l’un frôle un contrôleur. Un autre touche un passager, un franco-américain de 51 ans, toujours hospitalisé.

Entre les voitures 12 et 13

Ayoub El Khazzani se poste alors entre les wagons 12 et 13 et manipule sa Kalachnikov. « Il s’est arrêté entre les deux wagons, il a tiré, ça a fait « clic-clic-clic », sans faire de coup de feu comme dans les films », a raconté Damien, un passager de 35 ans qui était lui dans la voiture 13.

Retour dans la voiture 12

Puis l’assaillant est reparti dans le wagon 12. « Le mec torse nu est ensuite retourné dans le wagon 12 et une personne avec un tee-shirt vert, rasé, l’a vu, s’est jeté sur lui et l’a plaqué au sol ». S’ensuit alors « des chamaillements » avec le malfaiteur présumé plaqué au sol.

L’homme au crâne rasé, c’est Spencer Stone. Comme son ami Alek Skarlatos, il est un militaire en vacances, en voyage en Europe avec leur ami étudiant Anthon Sadler. Avec un Britannique Chris Norman, ils réussissent à désarmer l’agresseur et à le maîtriser.

Spencer Stone s’est dit qu’il fallait agir en voyant notamment que l’arme de l’assaillant ne fonctionnait pas. « Je me suis tourné et j’ai vu qu’il avait ce qui ressemblait à une AK-47 et elle semblait enrayée ou ne fonctionnait pas. Il essayait de charger l’arme », a-t-il expliqué dimanche lors d’une conférence de presse à l’ambassade américaine. Après lui avoir sauté dessus, « j’ai commencé à l’étrangler, il sortait des armes de partout (…) Tous les trois, on lui a donné des coups de poing, je l’ai étranglé jusqu’à ce qu’il soit insconcient », a-t-il détaillé.

Dans la bagarre, Spencer Stone est blessé à coups de cutter par Ayoub El Khazzani, ce qui ne l’empêche pas de porter secours au passager qui a été touché à la gorge par un coup de feu. L’acteur Jean-Hugues Anglade, présent dans le train, est légèrement blessé en tentant d’actionner le signal d’alarme. Il accusera les agents du Thalys de s’être enfermés dans une voiture et d’avoir refusé d’ouvrir aux passagers qui demandaient leur aide.

Une fois l’homme maîtrisé, les jeunes hommes fouillent son sac noir pour trouver ses armes.

A Arras

Le train est dérouté vers Arras, où il arrive vers 18h. Les forces de l’ordre, présentes en nombre, interpellent Ayoub El Khazzani. Placé en garde à vue à Arras, puis dans les locaux de la DGSI, l’homme de 25 ans nit toute motivation terroriste, se présente comme un SDF qui aurait voulu attaquer le train pour « rançonner » les voyageurs et se nourrir. « On n’a pas besoin de huit chargeurs pour dévaliser un train », a expliqué dimanche Adam Sandler. « Il avait beaucoup de munitions, ses idées étaient vraiment claires », a renchéri Alek Skarlatos. Spencer Stone a toutefois précisé : « Il n’avait clairement aucune formation pour les armes à feu. S’il avait su ce qu’il faisait ou s’il avait fait ce qu’il fallait, il aurait pu vider les huit chargeurs et on ne serait probablement pas là aujourd’hui ainsi que beaucoup d’autres gens ».