Attaques de goélands : «Il leur est impossible d’enlever un chat de cinq kilos»

INTERVIEW L’ornithologue Bernard Cadiou rétablit la vérité sur ces oiseaux accusés de tous les maux durant l'été...

Propos recueillis par Nicolas Beunaiche

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Des goélands (illustration).
Des goélands (illustration). — Pat Sullivan/NBC/AP/SIPA

On le savait voleur, le voilà kidnappeur. Selon Nice-Matin, un goéland aurait tenté d’enlever un chat de cinq kilos, lundi dernier. Un nouveau méfait attribué à cet oiseau devenu ennemi public numéro un dans certaines stations balnéaires. Vols de sandwiches, attaques d’être humains, rapts d'animaux… On a demandé à Bernard Cadiou, ornithologue spécialiste des oiseaux marins, de démêler le vrai du faux.

Croyez-vous possible l’enlèvement d’un chat par un goéland ?

Cette histoire, c’est le 1er avril du 20 août. Le goéland n’a pas de serres à ses pattes, donc il lui est impossible de transporter des choses ou des êtres vivants par ce moyen. Je le vois mal transporter un chat de cinq kilos dans son bec... Ce n’est pas la première fois que j’entends ce genre de récit : la dernière fois, c’était un caniche abricot, déjà au bord de la Méditerranée.

Les attaques d’animaux sont-elles pour autant impossibles ?

Le goéland est obligé d’attaquer pour manger. Il s’agit d’un oiseau omnivore qui dévore tout, le contenu des poubelles comme d’autres êtres vivants. Dans la mer, il pêche des poissons, des moules, des étoiles de mer... Mais il peut aussi avaler des oisillons ou des œufs. Récemment, un ami m’a même envoyé une photo d’un goéland avec une taupe dans son bec. Quand il s’attaque à un plus gros animal, cependant, c’est pour se défendre. Quand il a des poussins à élever notamment, en juillet, il peut devenir agressif. Idem quand il veut s’adjuger un repas ; il peut alors très bien chasser un chat qui oserait manger dans la même poubelle que lui. Il va pousser une espèce de cri de guerre et attaquer en avançant, prêt à mettre des coups de bec si nécessaire.

Peut-il s’attaquer à un être humain ?

Il peut le faire s’il se sent en danger. Il arrive régulièrement que des couvreurs se fassent attaquer lorsqu’ils se trouvent sur des toits où un goéland a installé son nid et ses oisillons. L’oiseau attaque alors en piqué et frôle sa cible, pouvant aller jusqu’à lui mettre un coup de pattes ou de bec au passage.

Il semble surtout s’être fait une spécialité du vol de sandwiches…

Oui, le goéland est un spécialiste du vol à l’arraché. Certains individus des colonies de goélands ont des habitudes : certains fouillent toujours dans les mêmes poubelles, d’autres savent où voler des sandwiches... Ils n’attaquent jamais en bande, c’est plutôt « chacun pour sa peau ». Ils se postent sur des lampadaires, guettent une cible, puis attaquent.

La répétition des vols donne l’impression d’une prolifération du goéland. Est-ce le cas ?

Non, c’est même le contraire. En milieu naturel, dans certains coins, les colonies diminuent de 50 % tous les dix ans. Cette fausse impression de prolifération vient du fait que le goéland s’est urbanisé. Il est plus facile de manger en ville que de pêcher en mer... Surtout l'été, avec l'afflux de touristes.