Pollution: La vitesse sur les autoroutes pourrait être limitée à 90km/h près des villes

DÉCRYPTAGE Le ministère de l'Ecologie réfléchit à réduire la vitesse des véhicules ce qui permettrait de limiter l'émission de particules fines...

L.C.

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Un bouchon sur l'autoroute A7, aux abords du tunnel de Fourvière, près de Lyon, en juillet 2010.
Un bouchon sur l'autoroute A7, aux abords du tunnel de Fourvière, près de Lyon, en juillet 2010. — FAYOLLE PASCAL/SIPA

Faut-il baisser la vitesse maximale autorisée sur les autoroutes aux abords des grandes villes pour lutter contre la pollution de l’air ? Cette mesure, réclamée au début du mois d’août 2015 par le maire de Valence, est actuellement à l’étude au ministère de l’Ecologie. Ségolène Royal a promis ce mercredi que des décisions seraient prises « rapidement ». Quel peut être l’impact d’une limitation de vitesse à 90 km/h à proximité des grandes agglomérations ? 20 Minutes fait le point.

D’où vient cette idée ?

Au coeur de l’été, le maire de Valence Nicolas Daragon (Les Républicains) a sollicité la ministre de l’Ecologie pour lui demander de réduire de façon permanente la vitesse sur la portion de l’A7 traversant son agglomération, de 110 à 90 km/h. Il faut dire que la ville est située sur l’un des axes routiers les plus fréquentés du pays, avec « en moyenne 70.000 véhicules par jour », selon le maire. Au plus fort du chassé-croisé de l’été, Valence a vu passer jusqu’à 200.000 véhicules par jour. Or ce trafic routier très dense est en grande partie responsable de la pollution atmosphérique.

Une étude réalisée entre 2009 et 2011 par l’Institut de veille sanitaire (InVS) a en effet mesuré dans l’agglomération de Valence des niveaux de pollutions atmosphérique dépassant les normes de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). L’InVS estime que 55 décès pourraient être évités chaque année si la pollution de l’air était inférieure aux standards de l’OMS, ce qui correspondrait à un gain économique de 91 millions d’euros par an. Fort de ces données, l’édile de Valence est parti en croisade contre la pollution de l’air, écrivant à douze autres maires dont la ville est traversée par une autoroute, dont Tours, Lyon, Angers ou Toulon.

 

Quel serait son impact sur la pollution de l’air ?

Réduire la vitesse maximale de 20 km/h « aura un impact sur la pollution de l’air », estime l’association France Nature Environnement (FNE). « Rouler moins vite permet de diminuer la consommation énergétique des véhicules et donc le rejet de polluants dans l’atmosphère », souligne Demba Diedhiou, responsable Transports et mobilités durables.

Limiter la vitesse permet aussi d’éviter les phénomènes d’accordéon et embouteillages. Or la « congestion [des routes] entraîne une baisse de la vitesse de circulation et contribue à une surémission de polluants », note un rapport de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME).

Mais « cette mesure n’est pas la panacée », insiste Demba Diedhiou. « Elle doit être complémentaire d’un dispositif global visant à promouvoir le covoiturage, les transports en commun, au détriment de la voiture en solo ».

Une idée qui fait bondir Daniel Quéro, président de l’association 40 millions d’automobilistes, qui accuse Ségolène Royal de « sauter sur tout ce qui bouge » à l’approche de la COP21. D’après lui, limiter la vitesse risque d’accentuer le problème des bouchons et sera donc inefficace pour améliorer la qualité de l’air. « Pour plus de fluidité, il vaudrait mieux promouvoir les itinéraires bis, or on s’apprête à supprimer Bison Fûté, c’est incohérent », lâche-t-il, déplorant une mesure "contraignante pour les conducteurs.