Morts sur les routes: Cazeneuve appelle à la responsabilité des automobilistes... mais promet de nouvelles mesures

SECURITE Les chiffres catastrophiques de la mortalité sur les routes en juillet appuient les critiques d'un gouvernement passif...

20 Minutes avec AFP

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Bernard Cazeneuve lors d'une conférence de presse sur la sécurité routière à Garches vendredi 14 août 2015.
Bernard Cazeneuve lors d'une conférence de presse sur la sécurité routière à Garches vendredi 14 août 2015. — SIPA

Au lendemain de l'annonce de chiffres catastrophiques et avant un dernier chassé-croisé sur la route des vacances, le ministre de l'Intérieur a appelé vendredi les automobilistes à la responsabilité et promis de nouvelles mesures, avec un volet répressif renforcé, pour enrayer l'hécatombe. La forte hausse de la mortalité routière annoncée jeudi a frappé les esprits: 360 morts en 30 jours, soit 58 de plus qu'en juillet 2014 (+19,2%). Plus inquiétant, elle a confirmé la tendance enregistrée depuis plus d'un an: les sept premiers mois de 2015 (1.918 morts, +3,8% par rapport à 2014) prolongent une année 2014 qui avait vu le nombre de morts sur les routes augmenter pour la première fois en douze ans (3.384 morts, +3,5%).

Appel à la responsabilité

Face à ces chiffres «insupportables et inacceptables», Bernard Cazeneuve a lancé vendredi «un appel solennel à la responsabilité» des automobilistes. «Je veux dire gravement à tous les gens qui doivent prendre la route qu'ils doivent être exemplaires et responsables. Soyez responsables, soyez irréprochables, pour le week-end à venir et pas seulement !», a-t-il déclaré lors d'une visite dans un hôpital de Garches. Ce week-end, dernier grand chassé-croisé de l'été classé rouge par Bison Futé, 14.000 policiers et gendarmes seront encore mobilisés au bord des routes.

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un volet répressif renforcé

Outre les conditions climatiques, le ministre a en effet expliqué les mauvais chiffres par des «comportements inadaptés» des usagers. Et «s'il y a un relâchement des comportements, il faut agir sur leurs causes structurelles», a-t-il souligné. Après avoir annoncé un plan de 26 mesures fin janvier, «de nouvelles mesures seront prises» lors du Comité interministériel à la sécurité routière (CISR), qui se réunira «à la rentrée» pour la première fois depuis mai 2011.

«Le volet répressif sera renforcé», a-t-il assuré, en ajoutant souhaiter aussi une «nouvelle stratégie des radars automatisés», «cibler la lutte contre les pratiques addictives, la protection des usagers vulnérables» (deux roues et piétons) et faire de la prévention «un axe majeur».

«C'est pathétique»

«Il faut aller plus loin (...) pour inverser la tendance et atteindre l'objectif que j'avais fixé quand j'étais ministre de l'Intérieur de moins de 2.000 morts en 2020», a confirmé Manuel Valls depuis Avignon.

Mais pour certaines associations, les mauvais chiffres persistants prouvent au contraire l'inefficacité de la politique du gouvernementale. «Il faut un changement de cap», assène la présidente de Ligue contre la violence routière, Chantal Perrichon. «On juge un ministre sur ses résultats et ils sont catastrophiques. En appeler à la responsabilité des citoyens au lieu de mobiliser ses propres responsabilités, ça pose problème !», poursuit cette militante d'une baisse de la vitesse maximale autorisée de 90 à 80 km/h sur les routes secondaires.

Pour l'expert en accidentologie Claude Got, qui a démissionné en mars du comité d'experts du Conseil national de sécurité routière (CNSR) pour dénoncer l'inaction du gouvernement, «un appel à la responsabilité, c'est pathétique»: «C'est la seule ressource d'un ministre qui a raté son travail sur la sécurité routière», a-t-il estimé sur I-Télé.

La question du 80 km/h

Selon ses partisans, une baisse à 80 km/h permettrait de sauver près de 400 vies. Bernard Cazeneuve a pour l'instant choisi de l'expérimenter sur trois axes accidentogènes durant deux ans. Interrogé vendredi, il s'est déclaré «pas hostile» (...) «à une diminution (de la vitesse) sur les axes les plus accidentogènes», tout en soulignant que «la limitation à 90 km/h n'est déjà pas respectée».