Histoire d'aviation: Avion «décapotable», pilote sans licence ou persuadé d'être en contact avec des extraterrestre...

INTERVIEW Le journaliste François Nénin a compilé des histoires vraies mais incroyables sur l’aviation civile…

Propos recueillis par Anissa Boumediene

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Illustration d'un avion.
Illustration d'un avion. — : Rob Griffith/AP/SIPA

Passagers en pause coquine dans les toilettes, pilote dépourvu de diplôme de pilotage ou encore avion décapotable, certaines histoires de l’aérien sont trop incroyables pour être vraies. Et pourtant, toutes celles que raconte François Nénin dans Oups ! On a oublié de sortir le train d’atterrissage* (Fayard), sont bien réelles. Le journaliste, époux d’une hôtesse de l’air et spécialiste de l’aérien, nous en raconte un petit florilège.

Pourquoi ce titre, Oups ! On a oublié de sortir le train d’atterrissage ? On voit mal un pilote prononcer cette phrase !

C’est pourtant arrivé à plusieurs reprises ! Une fois, un pilote a oublié de le sortir parce qu’il était en train d’envoyer un texto au moment de la procédure d’approche. Une autre fois, sur un vol Paris-Lourdes rempli de pélerins, le pilote a oublié de rentrer le train d’atterrissage, ce qui provoquait d’importantes vibrations dans l’avion. Il a cru que ça venait d’un moteur, il a donc coupé le premier, et comme les vibrations ne s’arrêtaient pas, il a coupé le second, ce qui est inconscient ! Un jour, un équipage s’est carrément trompé d’aéroport et a atterri sur la piste d’une base militaire semi-désaffectée. Et sur le crash de la TransAsia, le pilote a éteint le mauvais moteur.

Vous pilotez, votre femme est hôtesse, vous avez enquêté sur des crashs : êtes-vous serein au moment de prendre l’avion ?

Pas du tout, j’en sais trop, du coup je suis devenu phobique, c’est pour ça que j’ai fait du pilotage ! Contrairement au slogan qu’on nous serine sans cesse, l’avion n’est pas le moyen de transport le plus sûr, il y a une centaine d’accidents chaque année. Et dans la majorité des crashs récents, c’est l’incompétence ou l’épuisement des pilotes qui est en cause. Jusqu’au crash de la German Wings, jamais on n’aurait pu imaginer qu’un pilote puisse être suicidaire. Pourtant les pilotes sont de simples humains, et on remet nos vies entre leurs mains, il y a de quoi cogiter.

Ce n’est pas très rassurant pour les passagers, qui ne savent rien de ceux qui les transportent…

Certains pilotes ont des profils atypiques ou bizarres, mais n’ont jamais connu le moindre incident. C’est le cas d’un commandant de bord, à la retraite aujourd’hui, qui était connu comme le loup blanc dans la profession : il était persuadé d’avoir été « contacté » par des extraterrestres, refusait de serrer la main de ses collègues et de manger le même plateau-repas qu’eux. C’était un énergumène mais rien ne lui est jamais arrivé.

Il y a aussi le cas du Suédois Thomas Salme, qui a dupé son monde pendant treize ans et transporté des milliers de passagers. Depuis son enfance, il rêvait de devenir pilote de ligne mais n’avait pas les moyens de s’offrir la qualification. Grâce à ses petits boulots, il a seulement pu passer son brevet de pilote privé. Pendant un an et demi, grâce à un copain qui s’occupait de la maintenance d’un simulateur de la Scandinavian Airlines, il s’est faufilé toutes les nuits dans l’engin pour s’entraîner jusqu’à devenir incollable sur le Boeing. Il a potassé tous les manuels techniques, a falsifié un document pour se créer une fausse licence de vol et a réussi à se faire embaucher par une compagnie. Il a finalement été démasqué et arrêté, mais il a montré une intelligence redoutable et a beaucoup bossé. Je n’aurais pas eu peur de monter dans un avion piloté par lui.

Certaines personnes sont phobiques de l’avion, comment les compagnies aériennes gèrent-elles les superstitions des passagers ?

Aux Etats-Unis, trois vols portant le numéro 191 se sont crashés, faisant des centaines de victimes. Face à la peur des passagers, qui évitaient les vols comportant ces numéros, American Airlines et Delta Airlines ont cessé d’attribuer ce numéro à leurs vols. Et si vous faites attention, il n’y a souvent pas de rangée numéro 13 dans les avions, vous passez de la 12 à la 14. Les compagnies sont pragmatiques, il vaut mieux anticiper les peurs irrationnelles des passagers, cela permet d’éviter une crise de panique avant le décollage ou en plein ciel : l’angoisse est contagieuse dans un avion.

Quelle est l’histoire la plus spectaculaire qui vous a marqué ?

L’avion décapotable ! En 1988, un avion reliant une petite île hawaïenne et Honolulu a perdu une partie de son toit en plein vol. Une passagère avait bien remarqué une fissure sur le fuselage au moment de l’embarquement, mais elle a préféré ne rien dire, pensant que ce n’était rien. Au bout de 20 minutes de vol, un trou s’est formé dans le plafond et plus d’un tiers du toit s’est arraché. Les pilotes ont réussi un atterrissage classique, alors que l’avion aurait dû se briser en deux : c’est un miracle. Mais une hôtesse a été aspirée dans le ciel et son corps n’a jamais été retrouvé.

Il peut aussi se passer des choses très coquines dans un avion non ?

Il y a beaucoup de fantasmes autour de l’aérien, avec le mythe des pilotes séducteurs et des hôtesses de l’air à la jambe légère. Tout n’est pas vrai, mais c’est vrai que l’ambiance peut parfois être chaude. Il y a quelques années, un commandant de bord s’est amusé à filmer des hôtesses qui faisaient, à sa demande, des strip-teases dans le cockpit. Inutile de dire que pendant ce temps-là, il n’était pas du tout concentré sur le pilotage de l’avion.

Il existe aussi le très fermé « club des 30.000 », dont les membres peuvent se vanter d’avoir fait l’amour à 30.000 pieds (9,14 km) d’altitude. Initialement réservé au personnel navigant, il a été étendu aux passagers. Mais en pratique, ce n’est pas très romantique : ça se passe soit en catimini sous les couvertures soit dans les toilettes ! Avec la complicité des hôtesses et des stewards, qui souvent s’en amusent et laissent les gens faire.

* Oups! On a oublié de sortir le train d'atterrissage. Histoires vraies et insolites de l'aérien (Fayard)