Augmentation des viols déclarés: «Il y a urgence à agir auprès des plus jeunes»

VIOLENCES Depuis 2010, les viols dénoncés aux autorités auraient augmenté de 18 %. Un chiffre partiel qui témoigne toutefois d’une amélioration de la prise en charge des victimes…

Helene Sergent

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Manifestation le 5 mai 2012 contre la décision du Conseil constitutionnel d'abroger la loi sur le harcèlement sexuel.
Manifestation le 5 mai 2012 contre la décision du Conseil constitutionnel d'abroger la loi sur le harcèlement sexuel. — FRANCOIS GUILLOT / AFP

Le viol est un crime. Un crime pouvant être puni de 15 ans de prison, 20 ans quand il s’agit d’une personne mineure. Ces quelques mots, ressassés et affichés par les pouvoirs publics et les associations ne le seront visiblement jamais assez. La preuve, ce mardi, avec la publication dans Le Figaro du nombre des déclarations de viols de ces cinq dernières années. Le quotidien affirme que les cas de viols déclarés seraient passés de « 10.762 faits en 2010 à 12.768 faits en 2014 », soit une hausse de 18 %. Pourtant selon plusieurs acteurs bénévoles, ces chiffres traduisent une meilleure prise en charge de la parole des victimes de violences sexuelles.

Un tabou qui se fissure

Marie France Casalis, responsable du pôle formation au sein du Collectif féministe contre le viol, confie sa satisfaction à la lecture de ces nouvelles données : « Plus les chiffres augmentent, plus cela signifie que nous devenons capables d’écouter les victimes, sans que forcément le nombre de viols augmente ». Un constat que partage Muriel Salmona, psychiatre et membre de l’association Mémoire Traumatique et Victimologie : « Les victimes commencent à parler. Nous avons connu le même phénomène avec les violences conjugales. C’est que cela porte ses fruits petit à petit. Depuis la mise en place de personnes référentes au sein des commissariats, on note une petite amélioration ».

Pédophilie : une loi pour mieux protéger l’école

Au sein du ministère chargé du Droit des Femmes, la secrétaire d’Etat Pascale Boistard abonde : « Même si l’omerta autour du viol reste encore très importante, ces chiffres témoignent du travail accompli par les associations et les pouvoirs publics pour faciliter la prise en charge de victimes de viol ».

Quels moyens mis en œuvre ?

Un optimisme que tient à nuancer Françoise Brié, vice-présidente de la Fédération nationale solidarité femmes (FNSF) chargée de la gestion du 3919, numéro d’écoute national destiné aux femmes victimes de violence : « La médiatisation de certaines affaires a permis de faciliter la parole de victimes mais quand on regarde ce qu’il se passe au bout de la chaîne judiciaire, les chiffres concernant les condamnations sont bien plus faibles ». De fait, selon plusieurs enquêtes de victimation, le taux de plainte pour viol serait inférieur à 10 %.

Dans un communiqué publié ce 11 août, l’association Osez le Féminisme ne cache pas son inquiétude face aux dispositifs mis en place par les pouvoirs publics : « Si la loi du 4 août 2014 pour l’égalité réelle entre les femmes et les hommes a permis la généralisation du téléphone grand danger pour les femmes menacées de viol par leur ex-conjoint, cela n’est pas assez ! ».

Les disparités géographiques et l’augmentation de 20 % des déclarations de viols sur mineurs sont également pointées. La secrétaire d’Etat se dit préoccupée par ces mauvais chiffres : « Il y a un vrai travail à faire vis-à-vis des plus jeunes et une urgence à rappeler les règles de respect entre filles et garçons. L’éducation nationale doit continuer à dispenser des cours d’éducation à la sexualité dès le collège. La pornographie ne doit pas devenir une norme ». Enfin, la ministre assure avoir donné son feu vert pour la réalisation d’une grande étude portant sur les violences faites aux femmes, en France et dans les DOM-TOM, particulièrement touchés par les violences sexuelles.