République dominicaine: Les pilotes «d’Air Cocaïne» vont être fixés sur leur sort ce jeudi

JUSTICE Retenus en République dominicaine depuis mars 2013, ils encourent une peine de 20 ans de prison pour « trafic de stupéfiants »…

Vincent Vantighem

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Saint-Domingue (République dominicaine), le 05 juin 2015. Bruno Odos (gauche) et Pascal Fauret comparaissent au tribunal dans l'affaire dite «Air Cocaïne».
Saint-Domingue (République dominicaine), le 05 juin 2015. Bruno Odos (gauche) et Pascal Fauret comparaissent au tribunal dans l'affaire dite «Air Cocaïne». — ERIKA SANTELICES / AFP

Ils ont déjà préparé leurs valises. Mais Pascal Fauret et Bruno Odos ne savent pas encore si c’est en France ou dans une prison dominicaine qu’ils vont devoir les défaire. Arrêtés le 20 mars 2013 sur le tarmac de l’aéroport de Punta Cana (République dominicaine), les deux pilotes – ainsi que les deux passagers Français qu’ils devaient embarquer dans leur Falcon 50 à destination de Saint-Tropez (Var) – doivent être fixés sur leur sort ce jeudi. Pour chacun d’entre eux, le procureur a requis 20 ans de prison. Soit la peine maximale en cas de « trafic de stupéfiants ».

« Dès le départ, les médias ont donné le nom "d’Air Cocaïne" à cette affaire, s’insurge auprès de 20 Minutes Sabine Fauret, l’épouse de l’un des pilotes. Mais mon mari n’a jamais été trafiquant de drogue. Dans le dossier, rien n’indique qu’il était informé du contenu de la marchandise qu’il transportait. » Car c’est de là que cette affaire tire son sobriquet.

680 kilos de coke dans 26 valises

En débarquant, le 20 mars 2013, dans l’avion juste avant son décollage, les autorités dominicaines mettent en effet la main sur 26 valises. A l’intérieur : 680 kilos de cocaïne. « Dans l’appareil se trouve alors l’homme qui a commandé le vol ainsi qu’un passager, raconte Christophe Naudin, expert en sûreté aérienne qui a témoigné lors de ce procès. La veille, ce passager avait simplement prévenu les pilotes qu’il aurait 500 kilos de bagages… Depuis il nie ce fait. »

Aujourd’hui âgé de 40 ans, Nicolas Pisapia, le passager en question, assure s’être rendu en République dominicaine pour trouver des investisseurs capables de financer des projets en Roumanie où il résidait à l’époque. Pour lui, cette affaire n’est rien d’autre qu’un « coup monté ». « Il n’y a aucune preuve contre moi, a-t-il ainsi dénoncé dans un courrier envoyé à La Provence lors de l’instruction. Aucune écoute téléphonique, aucune photo ou vidéo, aucune surveillance, rien, si ce n’est des on-dit ».

Une question à 20 millions d’euros

Assignés à résidence avec interdiction de quitter la République dominicaine après quinze mois passés en détention, les quatre accusés Français attendent désormais la fin de cette procédure chaotique. « Cela fait deux ans et demi qu’on patiente alors qu’il n’y a aucune preuve matérielle, financière ou relationnelle que les pilotes faisaient partie d’un réseau de trafiquants, déplore Eric Le François, l’un de leurs avocats. Nous rappelons audience après audience que les pilotes n’ont pas le droit de contrôler les bagages… »

« Il est temps qu’ils rentrent, supplie de son côté Sabine Fauret. S’ils sont condamnés, nous continuerons à nous battre mais il faut garder espoir et confiance en la justice dominicaine. » Même si elle demeure, depuis mars 2013, incapable de répondre à la question que tout le monde se pose : A qui appartenaient les 680 kilos de drogue ? Une question estimée à 20 millions d’euros à la revente.