Non, Paris n'est pas menacé par une pénurie de baguettes

ALIMENTATION Les médias britannique estiment que la France est à la veille d’une pénurie de baguettes…

Audrey Chauvet

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Des touristes et leur guide lors d'un tour gastronomique à Montmartre, le 11 août 2015.
Des touristes et leur guide lors d'un tour gastronomique à Montmartre, le 11 août 2015. — A.Chauvet/20Minutes

Le seul avantage de visiter Paris en août, c’est que les Parisiens ne sont pas là. Pour le reste, le touriste qui s’aventure dans la capitale-fantôme entre le 1er et le 15 août risque fort de pâtir de la chaleur, des odeurs corporelles dans les transports en commun moins fréquents et des magasins fermés. Plus précisément, des boulangeries fermées : les médias britanniques, photos et témoignages à l’appui, estiment que la France est à la veille d’une pénurie de baguettes. La faute à la loi « de simplification », qui a levé l’obligation pour les mitrons parisiens de déclarer leurs congés et d’indiquer l’adresse de la boulangerie « de garde » la plus proche.

Ce genre d’affichettes n’est plus obligatoire pour les boulangeries.

Pas d’émeutes à Montmartre

En arrivant ce mardi sur la très touristique place des Abbesses (18e arrondissement), on s’attend donc à trouver des touristes affamés cherchant désespérément un quignon à se mettre sous la dent et des Parisiens montant des barricades pour retrouver leur Tradition à 1,60 euro. Rien de tel. Une famille d’Italiens passe, une baguette à la main. « On l’a trouvée juste là, on n’a pas cherché ». Ils nous indiquent le chemin.

Accueil des touristes à Paris : « Les vacanciers, je les trouve lourds »

Quelques mètres plus loin, la boulangerie Coquelicot est ouverte. Christophe, le boulanger, s’active en coulisses : « On en fait largement plus que d’habitude : 400 à 500 en plus des 1.000 en temps normal. C’est surtout parce qu’on récupère deux restaurants qui s’approvisionnent normalement dans des boulangeries fermées. On prend des intérimaires pour l’été. » Le mois d’août est un jackpot assuré pour ceux qui restent ouverts : dans un rayon de 50 mètres autour de Coquelicot, deux boulangeries réputées sont fermées.

Au levain d’antan, rue des Abbesses, on a fait chou blanc.

"Une autre boulangerie", un slogan d’actualité.

Il en faut plus pour affoler les Parisiens

Un peu plus loin, deux Parisiens, slims sur les fesses et chihuahua à la main, découvrent le « Pain quotidien », un restaurant-salon de thé-boulangerie où les touristes brunchent en terrasse. « Nous faisons six fois plus de baguettes que d’ordinaire car beaucoup de locaux se rabattent ici », explique Guillaume, directeur du restaurant de la rue Lepic. Ici, la baguette est bio mais coûte 1,30 euro. « Plusieurs clients nous ont dit qu’ils trouvaient ça cher, je ne sais pas s’ils reviendront à la rentrée », estime le directeur.

« Pas trop cuite, s’il vous plaît » : Comment la baguette française se ramollit (à cause de nous)

Juste en face, la boulangerie Alexine ne désemplit pas. Michelle en sort une baguette à la main : « J’ai été obligée de changer de boulangerie mais ici c’est bien. Je l’ai trouvée par hasard ». Alors que les cadors du quartier, Gontran Cherrier et Arnaud Larher, ont baissé leur devanture, les petites boulangeries sont toujours au travail. Sadeq sort de la Maison Laurent, rue Caulaincourt, avec trois baguettes sous le bras. « Il y a plein d’autres boulangeries ouvertes dans le coin », nous indique-t-il.

Gontran Cherrier a fermé boutique jusqu’à la mi-août.

Mais la Maison Laurent est bien ouverte, 100 mètres plus loin.

« Si j’habitais ici, j’aimerais bien aussi prendre un mois de congé ! »

« P-J » aussi est serein. Ce guide emmène les touristes pour des « Gourmet food tours » de Montmartre. Midi sonne, il s’approvisionne en baguettes et pâtisseries chez Alexine, « comme d’habitude » : « Il n’y a que le fromager qui est fermé mais on va à l’autre dans la rue Lepic. Le tour gastronomique est tout à fait faisable en août. » La dégustation de baguette est un point fort de la journée pour les touristes américains, australiens et britanniques qu’il accompagne.

Chez Alexine, les touristes lèchent la vitrine.

Tiens, des Britanniques. « C’est la tradition de fermer en août, c’est comme ça », admet ce touriste originaire de Carlisle, au nord de l’Angleterre. « Si j’habitais ici, j’aimerais bien aussi prendre un mois de congés ! » Les Américains, originaires du New Jersey, estiment eux que « ce serait plus logique que les magasins restent ouverts », quitte à ce que les commerçants « se fassent remplacer ». Mais leurs vacances n’ont pas été gâchées par les stores baissés. « Aujourd’hui, je vais manger de la "French baguette" pour la première fois, c’est un grand jour », s’émeut un jeune Californien. Que nos amis d’Outre-Manche se rassurent, Paris a encore assez de baguettes pour faire saliver le monde entier.

Quand les Américains s’en prennent aux aliments français

Trois conseils aux touristes qui redoutent de ne pas trouver de baguette à Paris :

  • Demandez aux Parisiens. S’ils ne vous répondent pas, ce n’est pas parce qu’ils ne savent pas où trouver une baguette, c’est parce qu’ils sont Parisiens.
  • Marchez 100 mètres. Il y a beaucoup de boulangeries dans Paris, vous devriez finir par trouver votre bonheur. S’il y a du monde, adonnez-vous au loisir favori des Parisiens : faire la queue.
  • « S’ils n’ont pas de pain, qu’ils mangent de la brioche ». ©Marie-Antoinette